Quand je pense qu’on se creuse la tête à imaginer des caricatures, alors qu’il suffit d’observer l’original pour se régaler !


Sarkozy et le travail le dimanche
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Bush : une belle récompense pour tout ce travail…

George Bush s’apprête à esquiver les chaussures lancées par un journaliste irakien en colère, dimanche 14 décembre, au cours d’une conférence de presse avec le premier ministre Nouri Al-Maliki. Le président des Etats-Unis effectuait une visite imprévue en Irak, sans doute la dernière avant son départ de la Maison Blanche, le 20 janvier 2009. Le journaliste, Mountazer Al-Zaïdi, de la chaîne de télévision Al-Bagdadia, a conspué M. Bush. « C’est le baiser de l’adieu, espèce de chien ! », a-t-il crié avant de l’accuser d’avoir provoqué la mort « de milliers d’Irakiens ».


Bush esquive 2 jets de chaussures à Bagdad

Âgé de 29 ans, de confession musulmane chiite, et employé comme journaliste depuis 2005 par la chaîne de télévision irakienne Al-Baghdadia, Mountazer al-Zaïdi est l’auteur de l’attentat à la chaussure contre George W. Bush.

Lors d’une conférence de presse donnée à Bagdad le 14 décembre 2008 par le président américain, le journaliste n’a pas hésité à lancer ses deux chaussures à la figure du président américain en criant “Voici un cadeau des Irakiens. C’est le baiser de l’adieu, espèce de chien!” “De la part des veuves, des orphelins, et de tous ceux qui ont été tués en Irak!” Les chaussures n’ont toutefois pas atteint leur cible, George Bush les ayant habilement esquivées, et le journaliste a été arrêté manu militari par les services de sécurité, qui lui ont ensuite cassé un bras et des côtes. “L’agression”, filmée, symbolisant la colère et la frustration du monde arabo-musulman après huit années d’administration Bush, a été diffusée en boucle par les télévisions du monde entier et sur internet, transformant Mountazer al-Zaïdi en héros vengeur et icône de la résistance contre l’occupation américaine.

Bush a ensuite plaisanté : “Tout ce que je peux vous dire, c’est que c’était du 43.” Après l’incident, il a rejoint par hélicoptère Camp Victory, pour remercier les troupes américaines et vanter la conduite récente de la guerre qui restera, dit-il “l’un des plus grands succès de l’histoire militaire des Etats-Unis”:

“L’Irak où nous sommes aujourd’hui est beaucoup plus libre, beaucoup plus sûr et bien meilleur que celui que nous avions trouvé il y a huit ans.”

chaussures-150x150 Récompense pour un pied... Des manifestations de soutien pour exiger sa libération ont eu lieu dans de nombreux pays arabes, le parlement jordanien a observé une minute de silence en signe de solidarité, des centaines d’avocats se sont proposés pour assurer sa défense gratuitement, des télévisions arabes lui ont proposé un emploi (l’une d’entre elles, la libanaise NTV, propose même de le salarier “à compter de l’instant où la première chaussure a été lancée”), et la fille du dirigeant libyen Mouammar Kadhafi a annoncé qu’elle le décorerait de “l’ordre du courage”. La marque de chaussures Baydan doit pour sa part faire face à un afflux de centaines de milliers de commandes pour le “modèle 271″ judicieusement rebaptisé “Bush shoes”.

mountazer-al-zaidi-150x150 Récompense pour un pied... Le procès de Mountazer al-Zaïdi devant la cour criminelle centrale d’Irak, qui s’occupe généralement des affaires de terrorisme, débutera le mercredi 31 décembre. Le journaliste risque de cinq à quinze ans de prison pour “agression contre un chef d’Etat étranger”.

Copyright © N. B. / La République des Lettres, dimanche 28 décembre 2008

Les dessinateurs ont forcément été inspirés :

bush-2-296x300 Récompense pour un pied... bush-300x222 Récompense pour un pied...

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american-presidents-300x222 Récompense pour un pied... bush-chaussures

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Woerth prévoit un déficit de 79,3 milliards d’euros en 2009

Jusqu’ici, le déficit était chiffré à 57,6 milliards d’euros [NDR Non, mais ça ne fait que 37 % en plus !!!]. Mais le ministre du Budget y a ajouté les mesures du plan de relance. Un déficit à la mesure de “l’aggravation de la crise”, justifie-t-il.

woerth CDG 36 : Mais on soccupe quand du déficit ??? Le déficit budgétaire sera de 79,3 milliards d’euros en 2009, a annoncé le ministre du Budget, Eric Woerth, mercredi 17 décembre à l’Assemblée. Un déficit révisé, sans précédent, qui inclut les mesures de relance devant être votées en janvier, a-t-il précisé. Jusqu’ici, le déficit était chiffré à 57,6 milliards d’euros.

Les dépenses du plan de relance

“L’aggravation de la crise et les mesures que nous avons prises pour y remédier nous ont donc fait passer d’un déficit budgétaire de 52,1 mds au moment du dépôt du projet de loi de finances (fin septembre), à un déficit de 57,6 mds après la prise en compte des nouvelles prévisions macroéconomiques”, a rappelé Eric Woerth à l’Assemblée.

“Vous le savez, je présenterai en Conseil des ministres vendredi avec Patrick Devedjian (le ministre de la Relance) un collectif 2009, afin de traduire le volet dépenses du plan de relance”, a-t-il dit aux députés.

Les derniers amendements au projet de budget, votés mercredi, ont pris en compte le coût, pour 9,2 milliards, du volet fiscal de la relance (doublement du prêt à taux zéro, remboursement accéléré des impôts aux entreprises…). Le volet dépenses, pour 9,3 milliards, figurera dans un collectif budgétaire pour 2009, présenté vendredi en Conseil des ministres et en janvier au Parlement.

« Ces chiffres, nous les assumons. Les dépenses serviront à financer de l’investissement qui soutiendra la croissance », a poursuivi Eric Woerth.

“Il faudra enfin tenir compte des 3 mds d’euros nécessaires au financement du Fonds stratégique d’investissement. En l’incluant, le déficit budgétaire se monterait alors à 79,3 mds d’euros”, a-t-il conclu.

M. Fillon avait estimé, lors des annonces faites par M. Sarkozy, que le déficit se creuserait à 3,9 % du PIB en 2009, mais serait ensuite ramené à 2,9 % en 2010, 1,9 % en 2011 et 0,9 % en 2012, avec un retour prévu à l’équilibre en 2014.

La prévision de croissance, à l’origine de 1 % à 1,5 % en 2009, a également été revue à la baisse. La ministre de l’économie, Christine Lagarde, ne l’estime plus que dans une fourchette de 0,2 % à 0,5 %.

De son côté, le président socialiste de la commission des Finances de l’Assemblée, Didier Migaud, a estimé que le déficit budgétaire total (Etat, Sécu, collectivités locales) va frôler les “100 milliards d’euros”. Soit près de 5% du PIB.

NOUVELOBS.COM | 18.12.2008

Ces chiffres sont juste… hallucinants !

Ils sont à replacer dans le contexte suivant

deficit CDG 36 : Mais on soccupe quand du déficit ???

dette CDG 36 : Mais on soccupe quand du déficit ???Merci à Lady Marwina.

Les perspectives sont donc sombres:

deficit CDG 36 : Mais on soccupe quand du déficit ???Source Lesechos.fr

manipulation CDG 36 : Mais on soccupe quand du déficit ???
On notera au passage l’objectivité du journaliste par le choix des échelles différentes pour la France (-3,9 %) et l’Allemagne (-0,2 %, soit juste 20 fois moins…). C’est bizarre, je pensais qu’ils avaient le même euro et achetaient le même pétrole les allemands…

deficit+2 CDG 36 : Mais on soccupe quand du déficit ???Et le mot de la fin pour Delize, qui a si bien résumé la situation :

Il est partout !

Un fou sévit, hop, une loi ! Encore plus rapide que Lucky Luke pour dégainer son nouveau code pénal que l’encre de la dernière modification n’est même pas sèche… Et je ne parle même pas de gros mots comme décrets d’application - mais nous y reviendrons…

Jeune poignardé à Grenoble : Sarkozy annonce une réforme de l’HP

L’Elysée a annoncé, jeudi 13 novembre, que Nicolas Sarkozy a demandé aux ministres de l’Intérieur, de la Justice et de la Santé de lancer une réforme de l’hospitalisation psychiatrique, après la mort d’un étudiant poignardé mercredi par un homme échappé d’un hôpital à Grenoble, a annoncé l’Elysée.

Lors d’une réunion à l’Elysée avec Michèle Alliot-Marie, Rachida Dati et Roselyne Bachelot, le chef de l’Etat a demandé “aux trois ministres de préparer sans délai une réforme en profondeur du droit de l’hospitalisation psychiatrique”, a indiqué la présidence dans un communiqué.

Cette réforme devra permettre de “mieux encadrer les sorties des établissements“, “améliorer la surveillance des patients susceptibles de représenter un danger pour autrui, dans le cadre notamment de la création d’un fichier national des hospitalisations d’office“, et “clarifier le partage des compétences administratives dans le pilotage de ces dossiers”, ajoute l’Elysée.

Il a annoncé un projet de loi que devra préparer sa ministre de la Santé Roselyne Bachelot sur l’hospitalisation d’office. Mesure-phare: la sortie, même temporaire, des patients hospitalisés de force sera désormais soumise à l’approbation finale du préfet. “La décision, ce doit être l’Etat ou dans certains cas la justice, pas les experts“, [NDR Il peut y avoir une certaine logique, mais dit comme ça, cela me fait froid dans le dos, en rapport avec certains pays ou l'Etat a beaucoup décidé des internements, seul...] a-t-il jugé. Même si “l’avis des experts est indispensable”, “je ne suis pas pour une société d’experts“, a-t-il lancé devant une centaine de professionnels de la psychiatrie qui ont manifesté une certaine désapprobation.

“Les malades potentiellement dangereux doivent être soumis à une surveillance particulière”, “certains patients hospitalisés sans leur consentement seront équipés d’un dispositif de géolocalisation” capable de donner l’alerte en cas de fugue, a-t-il annoncé et des chambres d’isolement seront également aménagées.

Beaucoup de médecins ont marqué leur réticence face à l’accent mis sur la surveillance et les malades hospitalisés sous la contrainte. Le Pr Jean-Pierre Olié, chef de service hôpital Sainte-Anne de Paris, a jugé “surprenant” la surveillance du patient par GPS, qui relève selon lui de la “confusion entre délinquance et maladie”.

Plus tôt, le chef de l’Etat avait fait part de sa “consternation” devant la mort de l’étudiant et exprimé “sa sympathie très attristée aux parents et à l’entourage de la victime”.

Cet étudiant-chercheur d’une école d’ingénieur est décédé dans la soirée de mercredi, vers 22h45 au CHU de Grenoble qui l’avait admis dans un état critique, après qu’il eut reçu un coup de couteau dans le ventre. Ses blessures ont été provoquées par un homme de 56 ans qui s’était échappé d’un hôpital psychiatrique où il était placé d’office après des faits similaires.

L’équipe médicale de l’hôpital où était interné le déséquilibré, n’avait pourtant observé aucun signe laissant “présager qu’il allait commettre” de tels “actes”, avait déclaré à RTL le directeur de l’hôpital de Saint-Egrève (Isère).

“Rien, en ce qui concerne l’équipe médicale, qui a observé ce patient ces derniers temps, ne laissait présager qu’il allait commettre des actes de la nature de ceux qui lui sont reprochés aujourd’hui”, avait déclaré le directeur, Michel Gellion, peu avant le décès de l’étudiant.

“L’équipe médicale estimait qu’il y avait nécessité de le réhabiliter dans le sens où il faut le réhabituer à vivre dans la cité”, avait-il poursuivi.

Mercredi, l’homme, qui souffrirait de schizophrénie, a fugué, pris un bus pour Grenoble, acheté un couteau avant de frapper le premier passant venu, un étudiant de 26 ans. Par le passé, il avait déjà commis trois agressions du même type, blessant grièvement trois personnes.

L’homme serait l’auteur de trois faits similaires par le passé, qui auraient abouti à son placement d’office en hôpital psychiatrique. En 1989, il a poignardé dans le ventre un clochard à Grenoble, en 1995 un autre passant dans la ville après s’être échappé de l’hôpital, puis en 2006 un résident d’une maison de retraite de Miribel-les-Echelles (Isère).

NOUVELOBS.COM

Clairement, l’acte est attroce. La réaction du personnel médical l’est aussi, qui s’étonne que ce malade ait récidivé une quatrième fois…

Les soins psychiatriques sont à l’évidence à reformer.

MAIS :

  1. pourquoi c’est toujours Sarko qui s’occupe de tout ?
  2. pourquoi c’est toujours suite à un fait divers qu’on veut traiter un problème ?
  3. a fortioti dans l’urgence ?
  4. et surtout, comment dire, rarement dans le sens d’une amélioration des libertés publiques (mais oui, ne pas se prendre un coup de couteau est aussi une sacrée liberté publique !)… ?

A l’occasion des 60 ans de la déclaration universelle des droits de l’homme, vous trouverez ici une longue interview de Robert Badinter au Nouvel Observateur.

Je retiens pour ma part ce paragraphe :

badinter Quelle "Patrie des droits de lhomme" ? N. O. - Et la France, est-elle un modèle en Europe ?

R. Badinter. - Non. On assiste à un rétrécissement du champ des libertés publiques qu’il s’agisse des fichiers, des pouvoirs d’enquête, de l’extension de la garde à vue, des multiples formes de surveillance et de contrôle.

Mais le plus préoccupant est la surpopulation dans les prisons françaises qui demeure «l’humiliation de la République», comme le disait un rapport parlementaire. C’est un problème national grave. Tout ce qui échappe au regard - les prisons, les centres de rétention, les dépôts, les locaux de garde à vue, en partie les hôpitaux psychiatriques - ne mobilise pas l’attention des citoyens. Alors qu’on va célébrer la «Déclaration universelle des droits de l’homme», il faudrait relire les passages concernant la dignité humaine.

Les présidents successifs de la République aiment à rappeler que la France est la patrie des droits de l’homme. La vérité historique est que la France est la patrie de la «Déclaration des droits de l’homme», ce qui n’est pas la même chose !

A nous de faire en sorte que la réalité soit conforme à la «Déclaration» !

Trouvé sur le blog de Maitre Eolas :

Des images pour le dire

Les mots ont un pouvoir, mais limité. Parfois, souvent, des images font mieux.

Venez, je vous emmène dans les sous-sols et les arrières-cours de la République.

Voici deux endroits où, au dessus de l’entrée, vous pourrez lire « République Française — Liberté, égalité, fraternité. »

Le premier est la maison d’arrêt de Fleury-Mérogis, où j’ai quelques clients en ce moment même. Des détenus ont réussi à faire passer à l’intérieur une arme terrible. Une caméra vidéo. Ils en ont sorti 2h30 d’images, dont Le Monde nous offre un petit montage. Les douches extérieures et intérieures. Les cellules. La saleté. Ce que même les avocats ne voient pas.

 

On en apprend plus sur les sites du Monde.fr et du Figaro.fr

Et maintenant, de l’exotisme, avec le Centre de rétention de Pamandzi, sur l’île de Mayotte. Un centre de rétention n’est pas une prison. C’est un endroit où sont placés des étrangers en attente de leur reconduite à la frontière. En l’espèce, un seul pays : l’Union des Comores. Mayotte fait partie de cet archipel de quatre grandes îles. Trois îles ont accédé à l’indépendance en juillet 1975 : Grande Comore, Mohéli, et Anjouan. La quatrième île, Mayotte, est restée française car le non à l’indépendance l’a emporté, sur décision unilatérale du premier ministre français d’alors (un certain Jacques Chirac). Avec pour conséquence la séparation de familles : les mahorais ont tous des cousins aux Comores et vice-versa.

En attendant leur expulsion, ils sont placés au centre de rétention de Pamandzi. Capacité : 60 places. Occupation effective : environ 200. La Commission Nationale de Déontologie de la Sécurité a, dans un avis du 14 avril 2008 sur lequel je vais revenir, déclaré, dans le plus pur style dit de l’euphémisme administratif :

Les conditions de vie au centre de rétention administrative de Mayotte portent gravement atteinte à la dignité des mineurs retenus, demandant que « les mineurs ne soient plus placés en rétention dans l’actuel centre de rétention administrative de Mayotte ».

 

 

Voici des images du centre de rétention de Pamandzi, en octobre dernier. Voyez l’image à 1′19″ pour voir comme il a été tenu compte de cet avis.

 

Alors fatalement, quand on voit cela, on comprend mieux le post de Maître Eolas appelé La lettre :

Par Eolas, vendredi 12 décembre 2008

C’est une enveloppe perdue parmi les factures, les recommandés et les courriers officiels. Elle attire tout de suite l’attention par son écriture tremblante, un peu enfantine, signature de celui pour qui écrire est une épreuve. Un coup d’œil au dos confirme l’intuition. Un nom, un numéro d’écrou, une adresse que l’on connaît par cœur : c’est la lettre d’un client détenu. C’est la première qu’on lit, toujours.

À l’intérieur, du papier à lettre bas de gamme avec des lignes pré-tracées, ou parfois la simple page d’un cahier d’écolier arrachée, à gros carreaux, parce que c’est là-dessus qu’il a appris à écrire.

C’est un client que l’on vient de défendre aux assises, pour un braquage minable. Pas de blessés, mais un casier bien fourni. 7 ans fermes. Une autre affaire en cours, en correctionnelle, mais qui ajoutera quelques années au compte à rebours avant la sortie. Peu de chances d’obtenir la confusion des peines, mais le client le sait et s’est fait une raison.

Cela fait quatre ans qu’il est en détention provisoire. Aucun problème de discipline. Il a été transféré dans quatre maisons d’arrêt d’affilée au cours de l’instruction. Ce qui a eu pour conséquence que pendant trois années, il n’a pas eu de parloirs avec sa famille, trop pauvre pour faire le voyage jusqu’à ses lieux de détention. Il n’a pas vu son fils pendant trois ans (il en a sept aujourd’hui). Il l’a vu grandir par ses dessins et les photos glissés avec le courrier, et son sourire édenté est la principale source de lumière de sa cellule.

Le procès d’assises l’a ramené il y a trois mois dans la maison d’arrêt de sa ville d’origine. Il a enfin pu revoir sa famille. Sa compagne. Sa mère. Son fils.

Mais le verdict est tombé, il ne fera pas appel. Il est encore sous mandat de dépôt pour une autre affaire, mais cette maison d’arrêt est trop pleine.

Un vendredi, on vient lui apprendre qu’il allait repartir pour une autre maison d’arrêt. Loin. Trop loin pour sa famille.

Alors, le mardi suivant, il a pris le stylo que se partagent ses codétenus et lui, une feuille de papier et il a écrit à son avocat, car il n’y a qu’à lui qu’il arrive à se confier. C’est le seul qui l’écoute, le comprend, le défend. Et il a écrit, avec peine, ces mots que l’avocat qui le lit se prend dans la figure.

La lettre, comme cette histoire, est authentique, l’orthographe est inchangée, seul quelques éléments ont été modifiés ou ôtés pour anonymiser la lettre.

Maïtre,

 

je vous écrie car je suis a bou ils mon dis que je suis transféré alors que je vien juste d’avoir parloir avèc ma mère et que ma copine ma écrie pour me dire quelle allée venire me voir avec mon fils.

Maïtre je peu pas repartire je préfair encore me foutre en l’air, donque je suis déssidé a ma suissidé même si j’ai peur de le fair, je vé le fair d’une façon ou d’une autre parce que je peu plu vivre comme sa.

La seul chose que je demende c’est pouvoir voir ma famille et ont me le refuse, à quoi sa saire les lois ou ils dise que tou détenu doi être dans la prison la plu proche ou vie sa famille ?

Maître si je vous écrie c’est pour que quand je serai dans le journal comme encor un détenu suissidé quil s’ache pourquoi je me suis tuée, parce que ont me transfère alor que ma famille et ici et que elle ne peu pas venire me voir dans une autre prison, je conte sur vous Maître.

Et pour ma mère, vous lui diré que je l’aime, je sais je vous laisse le sale boulo mais j’ai pas la force de lui dire.

Maître je vous laisse et je vous dis encor mèrci de m’avoir défendu et soutenu, Mèrçi

La lettre date d’il y a trois jours. Aussitôt, on prend son dictaphone pour dicter un fax au directeur d’établissement lui signalant le risque suicidaire.

Et là, le téléphone sonne. C’est la mère du client. Elle est en larmes et dit que c’est très urgent. Un frisson glacial nous traverse et on dit que bien sûr, on prend l’appel.

La nuit précédente, son fils s’est ouvert les veines dans sa cellule.

Il a pu être sauvé par l’intervention rapide des surveillants alertés par ses voisins de cellule.

Aux dernières nouvelles, son transfert, repoussé par son hospitalisation, est toujours d’actualité. Les décisions d’affectation sont considérées comme des mesures administratives d’ordre intérieur ne faisant pas grief, c’est à dire insusceptibles de recours (CE, 8 décembre 1967, Kanayakis).

Depuis le début de l’année, 107 personnes se sont suicidées dans les prisons en France, le dernier en date dimanche dernier, à la maison d’arrêt de Bordeaux-Gradignan. Il avait 24 ans.

 

 

Malheureusement, ce post ayant 9 jours, le bilan a augmenté, et on est à 111 suicides.

Une association existe, Ban Public, qui a pour but de favoriser la communication sur les problématiques de l’incarcération et de la détention, et d’aider à la réinsertion des personnes détenues. Elle animele site www.prison.eu.org tient à jour

l’observatoire des suicides dans les prisons françaises : 

 

 

bandeau_observatoire CDG 34 : Visite en prison....
L’adhésion ne coute que 25 € par an, et est déductible fiscalement à 60 %… Ça met le soutient à trois fois rien…

 

Un excellent article du Canard enchainé du 10 décembre 2008 (Je vous rappelle qu’acheter le Canard enchainé est bon pour la démocratie)

Plus d’un demi-million de gardes à vue
Flics et gendarmes mettent au trou pour un oui ou pour un non. Sanction sans jugement ? Indice d’efficacité des services ? Les gardes à vue servent à tout, sous l’oeil indifférent des procureurs, qui ne contrôlent rien…

En cinq ans, le nombre des gardes à vue a augmenté de 54 % ! Résultat : 560 000 personnes mises à l’ombre. Elles ont ainsi eu le privilège de s’initier aux joies de cette exception française qui permet aux flics d’enfermer n’importe qui, si bon leur semble.

En 2003, après une rafale de bavures, Sarko, alors mi­nistre de l’Intérieur, s’était ému de la situation. Dans une instruction en date du 11 mars, il constatait que « trop souvent encore, les conditions dans lesquelles se déroulent les gardes à vue sont insatisfaisantes, en termes de respect de la dignité des personnes. Cette si­tuation n’est pas à l’honneur de notre pays. Elle n’est pas admissible dans la patrie des droits de l’homme ».

Sauf qu’il faut faire du chiffre. Le 2 février 2007, dans une note remise aux directeurs départementaux, le mi­nistère de l’Intérieur expliquait que le nouveau taux d’efficacité de l’activité policière serait dorénavant calculé en fonction du nombre de gardes à vue (GAV). Traduction immédiate, sous les casquettes : plus on met de clients au chaud, plus les chefs seront contents.

Une bonne « GAV » peut avoir d’autres vertus. Cou­vrir un début de bavure, par exemple. Il suffit d’accu­ser de rébellion, d’incitation à l’émeute ou d’outrage le clampin que l’on a un peu secoué, un jour de mauvaise humeur. Ça fait monter les statistiques, et ça défoule. Que du bonheur ! Les procédures pour « outrage » ont, elles aussi, explosé.

Pourtant, une garde à vue, selon le Code de procé­dure pénale (on l’avait oublié, celui-là), ne sert pas à faire reluire l’activité policière. Encore moins à punir, avant tout jugement, le malappris qui a manqué de dé­férence envers l’uniforme. C’est, en théorie, une mesure purement technique qui consiste à retenir de force une personne soupçonnée d’avoir commis une infrac­tion. Autrement dit, celui qui répond à une convoca­tion ne devrait jamais être placé en garde à vue. Pas plus que celui qui accepte de suivre gentiment la pa­trouille.

Tout cela doit naturellement se faire sous contrôle. De qui ? Des magistrats du parquet ! Le procureur, dit la loi, doit être informé « dès le début de la garde à vue ». Et il a le devoir de visiter régulièrement tous les lieux **où des personnes sont retenues. Mais que le flic de base se rassure : il s’agit d’un texte qui sert juste à amuser les étudiants en droit.

Le résultat est à la mesure de la vigilance de la jus­tice : voici donc, choisis parmi des milliers d’histoires, quelques échantillons de cet entrain policier au travail.

Brigitte Rossigneux et Dominique Simonnot

Gardes à vue musclées : il n’y a pas que les journalistes! Témoignages…

  • Le 31 juillet 2008, Sylvain Garrel, conseiller municipal Vert du XVIIIème arrondissement de Paris, convoqué au commissariat pour « affaire le concernant ».

    Je me pointe à 10 heures du matin. J’avais fait plusieurs demandes, en tant qu’élu, pour visiter les locaux et contrôler les conditions de garde à vue. Aucune ré­ponse. En arrivant, j’apprends que je suis… en garde à vue, en attendant d’être confronté à un témoin. Lors d’une manif contre un projet immobilier dans mon quartier, on m’aurait aperçu en train d’abimer une dalle de béton sur le chantier. J’ai toujours nié et je fais remarquer que c’est une mesure inutile : je suis venu spon­tanément et suis disposé à revenir à l’ar­rivée du témoin. Mais les policiers refu­sent de me lâcher. Les poulets ont accepté de passer un coup de fil à ma femme car j’étais censé aller chercher mon fils de 4 ans à l’école. Mon contradicteur a rappliqué à 19 heures. Je suis sorti à 21 heures. Depuis, plus aucune nouvelle de cette his­toire.

  • Le 20 août 2008, Jean-François de Lauzun, 58 ans.

    Je rentrais chez moi, à Versailles. Il était 19 h 30 et, comme c’était désert, j’ai tra­versé sans faire attention au feu. Une policière, très agressive, me fait remarquer que le petit bonhomme était rouge. Je passe mon chemin. Mais elle me rattrape et me demande mes papiers. Le contrôle d’identité s’éternise, avec consultation des fichiers centraux. Quelques personnes ob­servent la scène. Plusieurs d’entre elles prennent ma défense. Ce qui leur vaut d’être à leur tour contrôlées. Je finis par rentrer chez moi, croyant l’incident clos.

    Mais, à 22 h 15, on sonne.Fatigué, je me suis couché tôt. J’enfile une robe de chambre et me retrouve de­vant les policiers, qui ont une convocation pour moi. Je leur fais remarquer que ce n’est pas une heure pour venir chez les gens. J’ajoute que les proportions prises par cette histoire sont ridicules et évoque des « méthodes totalitaires ». On me si­gnifie alors que je suis en garde à vue. J’aurais « incité à l’émeute » lors du contrôle !

    Je suis menotté, emmené en py­jama, enfermé dans une cellule qui sent l’urine. Je comprends vite pourquoi. Par deux fois, on me refuse l’accès aux toilettes et je dois me soulager dans un coin. L’in­terrogatoire se passe avec une menotte at­tachée à la chaise. Je suis libéré dans l’après-midi.

    Depuis, j’y pense tout le temps. Je n’ai aucune nouvelle depuis trois mois.

  • Le 21 juillet, à Paris, Pierre Conley, 28 ans.

    Je prenais un verre avec ma petite amie suédoise au soleil couchant, après un pique-nique au square du Vert-Galant. Deux hommes surgissent de derrière un saule-pleureur. Je fumais une cigarette de tabac roulé. Ils me demandent si c’est un joint. Je leur réponds que je n’en fume jamais, mais, à ma grande surprise, ils exigent que je les suive pour un contrôle intégral. Très agres­sifs, ils me tirent, en me tordant le bras. Je prends peur et appelle au secours. Ils me plaquent au sol. J’ai l’impression qu’on m’étrangle. Leurs collègues déboulent. Je suis en règle mais ils décident de m’emme­ner au poste de la rue du Louvre, où l’on me menotte. Au bout d’une heure, je suis conduit au commissariat Saint-Honoré pour un éthylotest électronique. Taux d’alcoolémie négatif : 0,13 g !

    On me ramène rue du Louvre. Quand je demande si ça doit durer encore longtemps, on me répond : « Vous n’allez pas nous casser les couilles toutes les deux mi­nutes. » Après quatre heures de ce traitement, on enlève mes menottes. J’apprends que je suis accusé d’« incitation à l’émeute » pour avoir appelé au secours. J’ai écrit à l’IGS (Inspection générale des services). Pas de réponse. Et à Michèle Alliot-Marie, qui, elle, m’a assuré par courrier de « son entière détermination à intensifier toujours plus la formation des policiers, en parti­culier en matière de déontologie. »

  • Le 28 septembre, à Paris, Augusta, 53 ans.

    Vers midi, au métro Château-Rouge, les vendeuses à la sauvette criaient : « Maïs tso ! Maïs tso », au lieu de « chaud », et ça m’a fait rire. Je venais d’acheter un épi au KFC Ménilmontant. J’ai vu les filles cou­rir et trois policiers s’avancer « Vos papiers !» J’ai tendu ma carte d’identité fran­çaise. Ils voulaient voir mon sac. « Il est interdit d’acheter ce maïs ! – Pourquoi ? – C’est un délit. – Mais je l’ai acheté au ma­gasin. – Vous êtes en état d’arrestation ! », coupe une policière.

    J’ai discuté : « Bien que d’origine nigé­riane, je ne vends rien… Rendez-moi mes affaires. » Un policier m’a alors attrapée par le bras et envoyé deux coups de botte dans les jambes. J’ai chuté, ventre à terre, son genou appuyant sur mon dos. Je me suis débattue, mon pagne s’est ouvert, j’étais à moitié nue au milieu des badauds, qui criaient, sifflaient et filmaient. Les policiers leur ont lancé des lacrymos, même sur une femme et son bébé. Ils m’ont me­nottée, emmenée dans une cellule, au com­missariat du XVIIème.

    A 14 heures, une policière me demande si je sais lire. J’ai répondu qu’étant di­plômée de l’American University of Texas et de l’American University of Paris, oui, je savais lire et écrire… A 17 heures, l’avo­cate est arrivée et, une heure plus tard, on m’a amenée, menottée, à l’hôpital. Le médecin a constaté des hématomes. Le lendemain, à midi, un policier est venu me libérer à l’ hôpital. Je suis accusée d’« outrages et rébellion ». J’ai porté plainte.

Je reprendrais pour finir le commentaire de Sébastien Fontenelle sur son blog, sur le cas d’Augusta :

Je doute que Jean-Claude Magendie, ” premier président de la cour d’appel de Paris “, se précipitera pour demander ” toute précision utile sur les conditions qui ” auront ” entouré ” ton interpellation - comme il vient de faire pour Vittorio de Filippis .

De la même façon : je ne suis pas (du tout) certain que ” le président de tribunal de Paris, Jacques Degrandi “, lancera un (courageux) appel à respecter partout le ” principe constitutionnel de proportionnalité qui régit les mesures de contraintes ” - comme il a fait hier pour Vittorio de Filippis .

Je dirais que le récit d’Augusta est un peu énervant.

Je dirais que le récit d’Augusta est même plus énervant que le récit de Vittorio (de Filippis).

(Toutes choses égales, par ailleurs.)

Il a été, parmi d’autres, publié mercredi. En as-tu entendu parler, dans la presse qui s’est il y a dix jours levée pour Filippis ?

Ah ben non, tiens couillon : Augusta, je le crois, n’est pas si barbichue que sa mésaventure puisse mobiliser nos si preux journaleux.

20minutes.fr n’a que je sache rien publié sur l’histoire d’Augusta, interpellée, déshabillée, humiliée.

Étienne ” Figaro ” Mougeotte n’a pas hurlé (du tout) que le sort fait à Augusta était : ” Intolérable ! “

J’ai lu 160.000 papiers sur l’” affaire Filippis “.

J’ai lu un seul papier (celui du Le Canard enchaîné ) sur l’affaire Augusta.

Et je suis très sincèrement désolé pour Filippis - mais le compte n’y est pas, de sorte qu’il faudrait maintenant que les journaleux cessent de nous tenir pour des gro(sse)s con(ne)s, et de caqueter qu’ils ne réclament rien de particulier pour eux-mêmes, et de ululer que l’” affaire Filippis ” est (tellement) ” symptomatique ” des malheurs du simple quidam.

Dans la vraie vie : c’est l’interpellation d’” Augusta, 53 ans “, qui est symptomatique - pour ce qu’elle révèle (ou confirme) de coutumière tartuferie politico-médiatique.

L’” affaire Filippis ” démontre une chose, et une seule : c’est que les coteries pressiques, si promptes à s’ériger en ligues de vertu outragées quand des flics osent rudoyer l’un des leurs, continuent de regarder ailleurs, quand les mêmes s’en prennent à qui n’est pas de leur (tout, tout, tout) petit monde.

Il y aura tout à l’heure d’autres Augusta - mais nos crânes défenseurs des droits du gardé à vue barbichu sont déjà retournés à l’indifférence des classes protégées : le système est ainsi conçu qu’ils ne s’en rendent même pas (tous) compte.

Merci donc au Canard !