Une nouvelle intervention de Paul Jorion :

Le physicien Albert Bartlett a brillamment dit : « Le plus grand défaut de la race humaine est notre incapacité à comprendre la fonction exponentielle. » Je la rapprocherais d’ailleurs de celle-ci : « Toute personne croyant qu’une croissance exponentielle peut continuer à jamais (infini) dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » [Kenneth Boulding, économiste].

Albert Bartlett explique donc sa vision dans ce très célèbre article, fort éclairant, et repris en conférence plus de 1600 fois :

Traduit par Raphaël Massin

C’est un grand plaisir d’être ici, et d’avoir la chance de simplement partager avec vous quelques idées très simples à propos des problèmes auxquels nous devons actuellement faire face. Certains de ces problèmes sont locaux, d’autres nationaux et d’autres sont globaux.

Ils sont tous liés entre eux, ils sont liés entre eux par l’arithmétique, et l’arithmétique n’est pas très difficile. Ce que j’espère faire ici est d’être capable vous convaincre que le plus grand défaut de la race humaine est notre incapacité à comprendre la fonction exponentielle.

Bien, vous dites, qu’est ce que la fonction exponentielle ?

C’est une fonction mathématique que vous dessineriez si vous étiez sur le point de décrire l’évolution de n’importe quoi qui grandirait régulièrement. Si vous aviez quelque chose qui grandissait de 5% par an, vous dessineriez la fonction exponentielle pour montrer comment grandirait cette quantité année après année. Ainsi nous parlons d’une situation où l’hypothèse requise est que la quantité qui s’accroît le fait à un rythme constant de 5% par an. Le 5% est une fraction fixée, les trois ans une durée fixée. Ainsi ce dont nous voulons discuter, c’est juste d’une croissance régulière ordinaire.

Bien, si il faut une durée fixe pour grandir de 5%, il s’ensuit qu’il faut une durée fixe plus longue pour grandir de 100%. Ce temps plus long est appelé le temps de doublement et nous avons besoin de savoir calculer ce temps de doublement. C’est facile.

Prenez juste le nombre 70, divisez le par l’accroissement en pourcents par unité de temps et cela vous donne le temps de doublement. Ainsi dans notre exemple de 5% par an, vous divisez 70 par 5 et vous trouvez que la quantité qui s’accroît double en taille tous les 14 ans.

Bien, vous pous pouvez demander, d’où vient ce 70 ? Et bien la réponse est que 70 c’est approximativement cent multiplié par le logarithme naturel de 2. Si vous voulez le temps de triplement vous utiliseriez le logarithme naturel de 3. Ainsi tout cela est très logique. Mais vous n’avez pas besoin de vous souvenir d’où cela vient, souvenez vous juste de 70.

J’aimerais que chaque personne fasse ce calcul mental à chaque fois que nous voyons un taux de croissance de n’importe quoi dans les media. Par exemple si vous voyez une histoire qui explique que des trucs ont augmenté de 7% par an depuis quelques unes de ces dernières années, vous ne bronchez pas d’un cil. Mais quand vous voyez un gros titre qui dit que le crime a doublé en 10 ans vous dites « Mon Dieu que se passe-t-il ? ».

OK, que se passe-t-il ? Sept pourcents de croissance par an, divisez 70 par 7, le temps de doublement est 10 ans. Mais notez que si vous voulez écrire un gros titre pour attirer l’attention des gens, vous n’écririez jamais que le crime augmente de 7% par an, personne ne saurait ce que cela signifie. Maintenant, savez vous ce que sept pourcents signifient ?

Prenons un exemple, un autre exemple du Colorado, le coût d’une journée de remontées mécaniques à Vale. Il a augmenté de environ 7% par ans depuis que Vale a ouvert en 1963. A ce moment vous payiez 5$ pour la journée. Quel est le temps de doublement pour une croissance de 7% ? Dix ans. Alors quel était le coût dix ans plus tard en 1973, dix ans plus tard en 1983 et dix ans plus tard en 1993, qu’était-il en 2003 et à quoi devez-vous vous attendre ? (Rires dans l’audience).

Voilà ce que signifie une croissance de 7%. La plupart des gens n’en ont aucune idée.

bartlett12 Arithmetique, Population et Energie par le Docteur Albert BartlettRegardons un graphe générique de quelque chose qui s’accroît régulièrement. Après un temps de doublement la quantité qui s’accroît a le double de sa taille initiale, deux temps de doublement et c’est quatre fois la taille initiale, et ça continue jusque 8-16-32-64-128-256-512, et en dix temps de doublement c’est mille fois plus grand qu’au début. Vous pouvez voir que si vous essayez de dessiner un graphe de ceci sur une page de papier normale, le graphe va tout droit en dehors de la feuille.

Maintenant laissez moi vous donner un example pour vous montrer les nombres énormes auxquels vous arrivez avec juste un nombre modeste de doublements. La légende dit que le jeu d’échecs fut inventé par un mathématicien qui travaillait pour un roi. Le roi fut très satisfait et dit « Je veux te récompenser ». Le mathématicien dit « Mes besoins sont modestes, s’il vous plaît prenez mon nouveau plateau d’échecs et sur la première case placez un grain de blé, sur la deuxième doublez le un et placez en deux, sur la suivante doublez le deux et mettez en quatre, continuez juste de doubler jusqu’à ce que vous ayiez doublé pour chaque case, cela serait un paiement adéquat ». Nous pouvons deviner que le roi pensa que la mathématicien était bien fol « J’étais prêt à lui donner une vrai récompense ; tout ce qu’il a demandé sont juste quelques grains de blé ».

Mais regardons ce qu’il y a derrière tout ça. Nous savons qu’il y a 8 grains sur la quatrième case. J’obtiens ce nombre ’huit’ par multipliant 3 deux ensembles. C’est 2*2*2, c’est un de moins que le numéro de la case. Maintenant cela continue à chaque case. Ainsi sur la dernière case, je trouve le nombre de grain en multipliant 63 deux ensembles.

Maintenant regardons comment le total se construit. Quand nous ajoutons un grain sur la première case, le total sur le plateau est un. Nous ajoutons deux grains ce qui fait un total de trois. Nous mettons quatre grains, maintenant le total est sept. Sept est un grain de moins que huit, c’est un grain de moins que trois deux multipliés ensembles. Quinze est un grain de moins que quatre deux multipliés ensemble. Cela continue à chaque fois, ainsi quand nous avons terminé, le nombre total de grains sera un grain de moins que le nombre que j’obtiens en multipliant 64 deux ensembles. Ma question est combien de blé cela fait-il ?

Vous savez, cela ferait-il une jolie pile ici dans la pièce ? Cela remplirait-il le bâtiment ? Cela recouvrirait-il le comté sous 2m de blé ? De combien de blé sommes-nous en train de parler ?

La réponse est que c’est approximativement quatre cents fois la récolte mondiale de blé de 1990. Cela pourrait être plus de blé que les hommes ont récoltés dans toute l’histoire de la terre. Vous dites, comment êtes vous arrivé à un si grand nombre et la réponse est, c’était simple. Nous avons juste commencé avec un grain, mais nous avons laissé la quantité grandir régulièrement jusqu’à ce qu’elle ait doublé un petit 63 fois.

Maintenant il y a quelque chose d’autre qui est très important, l’accroissement dans chaque temps de doublement est plus grand que le total de tous les accroissements précédents. Par exemple, quand je met huit grains sur la quatrième case, le huit est plus grand que le total de sept qui étaient déjà là. Je met trente deux grains sur la sixième case ; le trente deux est plus grand que les trente et un qui étaient déjà là. A chaque fois que la quantité double, cela demande plus que tout ce qui a été ajouté dans tous les accroissements précédents.

Bien, traduisons tout ça dans la crise énergétique. Voici une publicité des années 1975, elle pose la question « l’Amérique peut-elle tomber à court d’électricité ? ». L’Amérique dépend de l’électricité ; notre besoin d’électricité double tous les 10 ou 12 ans. C’est le reflet précis d’une très longue histoire de croissance régulière de l’industrie électrique dans ce pays. Une croissance d’environ 7% par an donne un doublement tous les 10 ans.

Maintenant avec toute cette histoire de croissance, ils s’attendent juste à ce que la croissance continue pour toujours. Heureusement cela s’arrêta, non pas parce que quelqu’un comprenait l’arithmétique, cela s’arrêta pour d’autres raisons. Bien, demandons nous et si… Supposez que la croissance ait continué, alors nous pourrions voir ici ce que nous avons vu avec le plateau d’échec. Dans les dix ans suivant l’apparition de cette plublicité, dans cette décennie, la quantité d’énergie électrique que nous aurions consommé dans ce pays aurait été plus grande que le total de toute l’énergie électrique que nous avons jamais consommé dans l’histoire entière de croissance régulière de cette industrie dans ce pays.

bartlett2 Arithmetique, Population et Energie par le Docteur Albert BartlettMaintenant réalisez vous que n’importe quoi de complètement acceptable comme 7% de croissance par an pourrait mener des conséquences aussi incroyables, qu’en juste 10 ans vous utiliseriez plus que tout ce qui a été utilisé dans tout l’accroissement précédent ?

Et bien c’est exactement ce à quoi que le Président Carter se référait lors de son discours sur l’énergie. Une de ses déclarations était celle là. Il dit, « Dans chacune de ces décennies plus de pétrole a été consommé que dans toute l’histoire précédente de l’humanité ». En tant que tel c’est une affirmation stupéfiante.

Maintenant vous comprenez que ce que le Président nous disait était la simple conséquence d’une croissance arithmétique de 7% par an dans la consommation mondiale de pétrole, et c’était la figure historique jusque dans les années 1970.

Il y a une autre magnifique conséquence de cette arithmétique. Si vous prenez soixante dix ans comme durée et notez que c’est approximativement une durée de vie d’homme, alors n’importe quel pourcentage de croissance continue et régulière pendant soixante dix ans donne un accroissement total par un facteur qui est très facile à calculer. Par exemple 4% par an pendant 70 ans, vous trouvez le facteur en multipliant quatre deux entre eux, c’est un facteur 16.

Il y a quelques années, un des journaux de ma ville natale de Boulder Colorado, questionna les neufs membres du Conseil Municipal de la Ville de Boulder et leur demanda quel était le taux d’accroissement de la population de Boulder ils pensaient qu’il serait bon d’avoir dans les années à venir. Et bien les neufs membres du Conseil Municipal de Boulder donnèrent des réponses s’échelonnant à partir d’un faible 1% par an, ce qui apparaît maintenant comme étant le taux d’accroissement de la population des Etats-Unis. Nous ne sommes pas à un accroissement de population nul, pour le moment, le nombre des Américains augmente chaque année de plus de trois millions de personnes. Aucun membre du Conseil Municipal n’a dit que Boulder devrait grandir moins rapidement que les Etats-Unis grandissent.

La réponse la plus haute qu’un membre du Conseil Municipal ait donnée fut 5% par an. Sachez que je me senti obligé, je devais leur écrire une lettre et leur dire « Savez vous que 5% par an pour juste 70 ans – je peux me souvenir quand juste 70 ans me semblaient comme une durée horriblement longue, elle ne me semble plus si longue maintenant. (Rires dans l’audience). Bien cela signifie que la population de Boulder grandirait par un facteur 32. Aujourd’hui nous avons une station d’épuration surchargée, dans soixante dix ans nous aurons besoin de 32 stations d’épuration surchargées.

Maintenant à l’époque avez vous réalisé comme tous les Américains que 5% de croissance par an pouvaient mener à des conséquences aussi incroyables sur une période de temps aussi modeste ? Notre Conseil Municipal a un degré zéro de compréhension de cette arithmétique très simple.

Bien, il y a quelques années, j’ai eu une classe d’étudiants non scientifiques qui étaient intéressés par les problèmes de la science et de la société ; nous avons passé beaucoup de temps à apprendre à utiliser du papier semi-logarithmique. Il est imprimé de manière à ce que ces lignes horizontales sur l’échelle verticale représentent chacune un accroissement par un facteur 10. Ainsi vous allez de mille à dix mille à cent mille, et la raison d’utiliser ce papier spécial est que sur ce papier une ligne droite représente une croissance régulière.

bartlett3 Arithmetique, Population et Energie par le Docteur Albert BartlettAlors nous avons étudié de nombreux exemples, j’ai dit aux étudiants « Parlons de l’inflation, parlons de 7% par an. ». Ce n’était pas si élevé quand nous l’avons fait, cela a été plus haut depuis lors, heureusement c’est plus faible maintenant. Et j’ai dit aux étudiants, comme je vous le dit, vous avez environs soixante ans d’espérance de vie devant vous, voyons ce que quelques choses communes couteront si nous avons soixante ans d’inflation à 7%

Les étudiants trouvèrent qu’un galon d’essence à 55 cents couterait 35.20$ – 2.50$ pour un cinéma deviendrait 160$. Le sac de provisions à 15$ que ma mère avait l’habitude d’acheter à 1.25$, il serait à 960$. Un ensemble de vêtements à mille dollars serait à 64000$, un automobile à 4000$ couterait un quart de million de dollars, et une maison à 45000$ vaudrait presque trois millions de dollars.

Bien, j’ai donné aux étudiants cette annonce publicitaire apparue dans le magazine Newsweek ainsi que ces figures montrant l’escalade des coûts de la chirurgie de la vésicule biliaire depuis 1950, quand l’opération coutait 361$. Je leur ai dit de réaliser un tracé semi-logarithmique, regardons ce qui s’ensuit. Les étudiants trouvèrent que les quatre premiers points se positionnaient sur une ligne dont la pente indiquait une inflation d’environ 6% par an, mais les quatrième, cinquième et sixième étaient sur une droite plus raide de presque 10% d’inflation par an. Bien, j’ai alors dit aux étudiants, poursuivons cette droite plus raide jusqu’à l’année 2000, faisons nous une idée de ce qu’une opération de la vésicule biliaire pourrait coûter. L’an 2000 était il y a quatre ans, la réponse est 25000$. La leçon était horriblement claire. Si vous songez à une opération de la vésicule biliaire, faites la maintenant. (Rires dans l’audience).

Lors de l’été 1986 le bulletin d’informations indiqua que la population mondiale atteignit le nombre de cinq milliards de personnes en croissance de 1.7% par an. Bien, votre réaction à 1.7% pourrait être que c’est si faible que rien de mauvais ne peut jamais arriver à 1.7% par an. Aussi vous calculez le temps de doublement et trouvez que c’est seulement 41 ans. Maintenant c’était en 1986, plus récemment en 1999 nous lisions que la population mondiale a cru de 5 milliards à 6 milliards. La bonne nouvelle est que le taux de croissance a chuté de 1.7% à 1.3% par an. La mauvaise nouvelle est qu’en dépit de la chute du taux de croissance la population mondiale est aujourd’hui en augmentation d’environ 75 millions de personnes supplémentaires chaque année.

Maintenant si ce modeste 1.3% par an devait continuer, la population mondiale s’accroitrait à une densité de une personne par mètre carré de terre émergée en seulement 728 ans et la masse de personne serait égale à la masse de la terre en seulement 2400 ans. Bien, nous pouvons en sourire, nous savons que cela ne peut arriver. On en peut faire un dessin humoristique mignon : la légende indique « Excusez moi Monsieur, mais je vais vous faire une offre attractive pour votre mètre carré ».

Il y a une leçon fondamentale dans ce dessin humoristique. La leçon est qu’une croissance zéro de la population se produira. Maintenant nous pouvons débattre si nous aimons ou n’aimons pas une croissance zéro de la population. Cela arrivera que nous débations ou pas, que nous aimions ou pas. Il est absolument certain que les gens ne pourraient jamais vivre à cette densité sur les terres émergées de la surface de la terre. Donc les hauts taux de naissance d’aujourd’hui chuteront ; le faible taux de mortalité d’aujourd’hui augmentera jusqu’à ce qu’ils aient exactement la même valeur numérique. Cela sera certainement d’ici une durée inférieure à quelques centaines d’années. Aussi peut être vous demandez vous alors quelles options sont disponibles si nous voulons adresser le problème.

Dans la colonne gauche j’ai listé certaines des choses que nous devrions encourager si nous voulons augmenter le taux de croissance de la population et ainsi empirer le problème. Regardez juste la liste. Chaque élément dans la liste est aussi sacré que la maternité, il y a l’immigration, la médecine, la santé publique, l’hygiène publique. Ils sont tous dédiés aux but humains de diminuer le taux de mortalité et c’est très important pour moi, si c’est mes chances de mourir qu’ils diminuent. Alors il faut que je réalise que tout ce qui diminue le taux de mortalité fait empirer le problème de population. Il y a la paix, la loi et l’ordre, l’agriculture scientifique a diminué le taux de mortalité du à la famine, ce qui rend juste le problème de population pire. L’air propre le rend pire.

Maintenant dans cette colonne sont quelques choses que nous devrions encourager si nous voulons diminuer le taux d’accroissement de la population et ce faisant aider à solutionner le problème de population. Bien, il y a l’abstention, la contraception, l’avortement, les petites familles, arrêter l’immigration, la maladie, la guerre, le meurtre, les famines, les accidents. Fumer augmente significativement le taux de mortalité, cela aidera-t-il à résoudre le problème ?

Souvenez-vous de ma conclusion du dessin humoristique d’une personne par mètre carré, nous avons conclu qu’une croissance zéro de la population humaine se produira. Exprimons maintenant cette conclusion en d’autres termes et disons qu’il est évident que la nature va choisir dans la liste de droite et que nous n’avons rien à faire à part se préparer à vivre avec quoi que choisira la nature de la liste de droite. Ou alors nous pouvons mettre en œuvre l’option qui nous est ouverte, et cette option est de choisir en premier dans la liste de droite. Nous allons trouver quelque chose ici pour lequel nous pouvons aller faire campagne ? Y-a-t-il quelqu’un ici pour promouvoir la maladie ? (Rires dans l’audience).

Nous avons maintenant des capacités de guerres incroyables, aimeriez-vous plus de meurtres, plus de famines, plus d’accidents ? Bien, nous pouvons voir ici le dilemme humain. Tout ce que nous regardons comme bon fait empirer le problème de population, tout ce que nous regardons comme mauvais aide à résoudre le problème. Si un dilemme a jamais existé en voici un.

La question restante est l’éducation ; va-t-elle dans la colonne de gauche ou celle de droite ? Je dois dire que jusqu’ici dans ce pays elle a été dans la colonne de gauche et a fait très peu pour réduire l’ignorance de ce problème. Ainsi où commençons nous ? Bien, commençons à Boulder, Colorado, ici dans ma ville natale. Voici les données du recensement de 1950, celui de 1960 et de 1970. Dans cette période de 20 ans la croissance moyenne de la population fut de 6% par an. Avec de gros efforts, nous avons réussi à ralentir la croissance quelque peu. Voici les données du recensement de 2000. J’aimerais demander aux gens, commençons avec ces chiffres de 2000, avançons de 70 ans, une vie humaine, et demander quel taux de croissance avons nous besoin pour la population de Boulder dans les 70 prochaines années afin qu’à la fin de ces 70 ans la population de Boulder soit égale à celle de la population actuelle d’une grande cité Américaine de votre choix ?

Boulder dans soixante dix ans pourrait être aussi grosse que Boston aujourd’hui si nous croissons de juste 2.58% par an. Maintenant si nous pensons que Detroit est un meilleur modèle nous devrions avoir 3.25% par an. Souvenez vous des données historiques précédentes de 6% par an. Si cela devait continuer pour un temps de vie, la population de Boulder serait plus importante que la population de Los Angeles. Bien, je vous dirais juste qu’il est impossible de caser la population de Los Angeles dans la valée de Boulder, donc c’est évident. La croissance de la population de Boulder va s’arrêter et la seule question est si nous allons être capable de la stopper tant qu’il y a encore de l’espace libre ou allons nous attendre jusqu’à ce que nous soyons les uns sur les autres et que nous étouffions tous ?

Maintenant, périodiquement quelqu’un me dit « vous savez une plus grosse ville peut juste être une meilleure ville » et je réponds « attends une minute, nous avons déjà expérimenté ça ». Nous n’avons pas besoin de nous demander quel sera l’effet de la croissance sur Boulder parce que la Boulder de demain peut être vue dans la Los Angeles d’aujourd’hui, et pour le prix d’un ticket d’avion nous pouvons nous projeter 70 ans dans le futur et voir exactement ce qu’il en est. Qu’en est-il ? Voici un gros titre intéressant à Los Angeles. Peut-être cela a-t-il à voir avec ce gros titre à Los Angeles ?

Et que faisons nous dans le Colorado ? Bien, voici le capital de croissance des USA aujourd’hui et nous en somme fiers. Le Rocky Mountains News nous informe de nous attendre à un million supplémentaire de personnes dans les 20 prochaines années, et quelles seront les conséquences de tout cela ? Elles sont totalement prévisibles et sans surprises, nous savons axactement ce qui arrive quand vous entassez plus de gens au même endroit.

Bien, vous pouvez imaginer que le contrôle de la croissance est un sujet très sujet à controverse et je garde comme un trésor la lettre de laquelle ces citations sont extraites. Cette lettre me fut écrite par un citoyen dirigeant de notre communauté. Il est un des ténors parmi les avocats de la croissance controlée, croissance contrôlée signifiant simplement croissance. Cet homme écrit « Je suis d’accords avec tous vos arguments concernants la croissance exponentielle ; je ne crois pas que l’argument exponentiel soit valide au niveau local ».

Voyez-vous, l’arithmétique ne tient pas à Boulder. (Rires dans l’audience). Je dois admettre que cet homme a un diplôme de l’université du Colorado ; ce n’est pas un diplôme en mathématique, en science, ou d’ingénieur. D’accords, regardons ce qui arrive quand nous avons ce genre de croissance régulière dans un environnement fini.

Les bactéries croissent en se dédoublant. Une bactérie se divise et devient deux, les deux se divisent et deviennent 4, qui deviennent 8, 16 et ainsi de suite. Supposons que nous avons des bactéries dont le nombre double chaque minute. Supposons que nous placions une de ces bactéries dans une bouteille vide à onze heure du matin, et observions que la bouteille est pleine à midi pile. C’est juste un cas ordinaire de croissance régulière, le temps de doublement est une minute, et il se passe dans un environnement fini qui est une bouteille. Je veux vous poser trois questions.

Numéro une : à quel moment la bouteille était-elle à moitié pleine ? Bien, le croiriez-vous, à 11h59, une minute avant midi, parce que les bactéries doublent en nombre chaque minute.

Seconde question : si vous étiez une bactérie quelconque dans cette bouteille, à quel moment réaliseriez-vous que vous allez manquer de place ? Examinons juste la dernière minute dans la bouteille. A midi pile elle est pleine, une minute avant elle à moitié pleine, deux minutes avant elle est au quart, avant 1/8, avant 1/16. Laissez moi vous demander, à 5 minutes avant midi quand la bouteille est seulement 3% pleine et qu’il y a 97% d’espace libre qui aspirent au développement, combien d’entre vous réaliseriez qu’il y a un problème ?

A propos de la controverse actuelle sur la croissance de Boulder, il y a quelque années quelqu’un écrivit dans un journal qu’il n’y avait pas de problème de croissance de la population à Boulder parce que, disait l’auteur, nous avons quinze fois autant d’espace libre que nous en avons déjà utilisé. Laissez moi vous demander quel heure était-il à Boulder quand la surface d’espace libre était quinze fois celle que nous avions déjà utilisée ? Et la réponse est : il était midi moins 4 dans la vallée de Boulder. Maintenant supposons que deux minutes avant midi, certaines des bactéries réalisent qu’elles vont manquer d’espace et lancent une grande recherche de nouvelles bouteilles. Elles cherchèrent au delà des mers et sur les plateaux continentaux extérieurs et dans l’Arctique, et elles trouvèrent trois nouvelles bouteilles. C’est une découverte incroyable, trois fois le total des ressources connues auparavant, maintenant il y a quatre bouteilles, avant leur découverte il n’y en avait qu’une. Maintenant cela donnera surement une société durable, n’est ce pas ?

Connaissez-vous la troisième question ? Pendant combien de temps la croissance peut-elle continuer en résultat de cette magnifique découverte ? A midi, une bouteille est pleine, il en reste trois. Midi une, deux bouteilles sont pleines il en reste deux. Et à midi deux les quatres sont pleines et c’est fini. Maintenant vous n’avez pas besoin de plus d’arithmétique que ça pour évaluer l’absolue contradiction des affirmations que nous avons tous entendues et lues originaires d’experts qui nous disent d’abords que nous pouvons continuer d’accroître nos taux de consommation de combustibles fossiles et ensuite de ne pas nous inquiéter, nous serons toujours capables de faire des découvertes des nouvelles ressources dont nous avons besoins pour satisfaire les exigences de cette croissance.

Il y a quelques années à Washington notre secrétaire à l’énergie observa que dans la crise énergétique nous avons un cas classique de croissance exponentielle contre une source finie. Regardons maaintenant certaines de ces sources finies. Nous nous tournons vers les travaux du Dr M. King Hubbert, il a dessiné ici un graphique semi logarithmique de la production mondiale de pétrole. Vous pouvez voir que la ligne est approximativement droite pendant environ 100 ans, jusqu’ici en 1970, avec une croissance moyenne très proche de 7% par an.

bartlett13 Arithmetique, Population et Energie par le Docteur Albert BartlettIl est logique de se demander pour combien de temps cette croissance de 7% peut continuer. La réponse est dans les chiffres de cette table. Les nombres sur la première ligne nous disent que en 1973, la production mondiale de pétrole était de vingt milliards de barils, la production totale historique de trois cent milliards, les réserves restantes de dix sept cent milliards. Voici les données, le reste de cette table est juste le calcul sous l’hypothèse que la croissance historique de 7% par an a continué dans les années suivant 1973 exactement comme cela s’était produit depuis cent ans. En réalité la croissance s’arrêta, elle s’arrêta parce que l’OPEP a accru les prix de leur pétrole donc ici nous nous demandons, « et si ? ». Supposons que nous ayons décidé de rester sur cette courbe à 7% de croissance et retournons en 1981. En 1981 sur la courbe à 7% l’utilisation historique totale se monterait à cinq cent milliards de barils, les réserves restantes à quinze cents milliards. A ce point les réserves restantes sont triples du total de tout ce que nous avons utilisé dans notre histoire. C’est une énorme réserve mais quel est l’heure à laquelle les réserves restantes sont triples du total de tout ce que vous avez utilisé depuis toujours ? La réponse est qu’il est deux minutes avant midi.

Nous savons qu’avec cette croissance de 7%, le temps de doublement est de dix ans. Allons de 1981 à 1991, en 1991 sur la courbe à 7% la quantité utilisée dans toute l’histoire se monterait à mille milliard de barils, il y resterait mille milliards de barils. A ce point le pétrole restant serait en quantité égale au total de tout ce que nous avons utilisé dans toute l’histoire de l’industrie du pétrole sur cette terre. Cent trente années de consommation de pétrole. Vous diriez « C’est une reserve énorme », mais quelle heure est-il lorsque les réserves restantes sont égales à tout ce qui a été utilisé depuis toujours ? La réponse est une minute avant midi. Alors nous avançons une décennie supplémentaire au tournant du siècle, c’est à peu près maintenant, c’est au moment où 7% finirait d’épuiser toutes les réserves de pétrole de la terre.

Aussi regardons cela sur un joli graphique. Supposez que la surface de ce minuscule rectangle représente tout le pétrole que nous avons utilisé sur la terre avant 1940, puis dans la décennie des années 40 nous avons utilisé tout cela, ce qui est autant que tout ce qui avait été utilisé auparavent dans toute notre histoire. Dans la décennie des années 50 nous avons utilisé autant que ça, et c’est égal à ce qui avait été utilisé dans toute l’histoire précédente. Dans la décennie des années 60 nous avons utilisé ça, encore une fois c’est égal à toute la consommation précédente. Voici graphiquement ce que le Président Carter nous a dit. Maintentant, si cette croissance de 7% avait continué pendant les années 70, 80 et 90 voici ce que cela signifie. Cela représente tout le pétrole qui existe.

Maintenant il existe une croyance largement répandue que si on investit suffisamment d’argent à faire des trous dans le sol, du pétrole va certainement jaillir. Bien, il y aura des découvertes de nouveau pétrole et peut être des découvertes majeures, mais regardez. Nous devons découvrir tout ça de pétrole si nous continuions avec cette croissance de 7% pendant 10 ans. Demandez-vous quelle est la chance que le pétrole découvert après la fin de notre réunion aujourd’hui sera en quantité égale au total de tout ce que nous avons déjà découvert au cours des temps. Réalisez alors que si tout ce pétrole nouveau pouvait être trouvé cela serait suffisant pour laisser la croissance historique de 7% continuer pour dix ans de plus. Il est maintenant intéressant de voir ce que les experts disent.

Voici une interview du magazine Time, une interview avec un des experts les plus cités dans tout le Texas, ils lui ont demandé : « Mais nombreux parmi nos champs les plus gros n’ont-ils pas déjà été pompés jusqu’à être à sec ? » Sa réponse fut « Il y a encore autant de pétrole à trouver dans les Etats Unis qu’il y en a eu de produit ». Assumons maintenant qu’il ait raison. Quelle heure est-il ? Et la réponse est : une minute avant midi. J’ai lu de nombreux trucs que ce gars a écrit ; je ne pense pas qu’il possède la moindre compréhension de cette arithmétique très simple.

A propos de la crise énergétique il y a environ trente ans nous voyions des annonces telles que celle ci. Elle provient de l’American Electric Power Company. Elle est un peu rassurante : « Ne vous inquiétez pas parceque nous sommes assis sur la moitié des réserves de charbon, suffisamment pour bien plus de 500 ans ». D’où vient ce chiffre de 500 ans ? Il peut avoir son origine dans ce rapport du comité des Affaires Intérieures et Insulaires (Interior and Insular Affairs) du Sénat des Etats Unis, car dans ce rapport nous trouvons cette phrase « Aux niveaux actuels d’extraction, les réserves américaines de charbon dureront plus de 500 ans ».

C’est une des plus dangereuses affirmations dans la litérature. Elle est dangereuse parce qu’elle est vrai, ce n’est pas sa vérité qui la rend dangereuse, la danger réside dans le fait que les gens retiennent une partie de la phrase, ils disent juste que le charbon durera 500 ans. Ils oublient l’avertissement par lequel commence la phrase. Que sont ces mots au début de la phrase, « Aux niveaux actuels », que cela signifie-t-il ? Cela signifie si, et seulement si nous maintenont une croissance zéro de la production de charbon.

Regardons quelques chiffres. Allons voir le bilan annuel de l’énergie, publié par le ministère de l’énergie. Ils fournissent ceci comme réserve prouvée de charbon aux Etats Unis, avec une note de bas de page disant qu’environ la moitié des réserves prouvées sont estimées récupérables. On ne peut pas extraire du sol et exploiter 100% du charbon qui s’y trouve ? Le nombre réel est donc en fait la moitié de ce nombre. Nous y reviendrons dans juste un moment. Le rapport nous dit aussi qu’en 1971 l’exploitation était à ce niveau, et vingt ans plus tard à celui ci. Groupez ces nombres ensembles et la croissance moyenne de la production de charbon pendant ces 20 ans est de 2.86% par an. Et nous devons nous demander combien de temps une réserve dure en présence d’une croissance régulière du taux de consommation jusqu’à ce que le dernier morceau soit utilisé.

Je vais vous montrer l’équation pour calculer la durée d’utilisation de la réserve : bartlett5 Arithmetique, Population et Energie par le Docteur Albert Bartlett(1), avec T% le taux de croissance de la consommation en¨%, R0 la réserve initiale et C0 la consommation initiale.

Je vous informe qu’il suffit d’un niveau de faculté scientifique première année pour obtenir cette équation, cela ne doit donc pas être très difficile. Vous savez j’ai l’impresion qu’il doit y avoir des douzaines de personnes dans ce pays qui ont suivi la première année de faculté scientifique, mais laissez moi vous dire, je pense que cette équation est probablement le secret scientifique le mieux gardé du siècle !

Maintenant laissez moi vous montrer pourquoi. Si vous utilisez cette équation pour calculer l’espérance de vie de la réserve, ou de la moitié qui est jugée récupérable, et ce pour différents taux de croissance régulière, vous trouverez que pour un taux de croissance zéro l’estimation basse donne environ 240 ans et la haute serait proche de 500 ans. Ainsi le rapport au congrès était correct. Mais regardez ce qu’on obtient si nous ajoutons une croissance régulière. Dans les années 1960 notre objectif national était d’atteindre une croissance de production de charbon d’environ 8% par an. Si nous pouvions atteindre et maintenir ce taux, le charbon durerait entre 37 et 46 ans. Le Président Carter coupa grossièrement en deux ce taux, dans l’espoir d’atteindre 4% par an si cela permettait au charbon de durer encore entre 59 et 75 ans. Voici 2.86%, le taux moyen pour les récentes vingt dernières années ; si cela pouvait continuer à ce taux le charbon durerait entre 72 et 94 ans. C’est dans la durée de vie des enfants nés aujourd’hui. La seule manière d’approcher cette folle citation, ce chiffre de 500 ans, est de simultanément faire deux choses.

Numéro un, il faut déterminer comment utiliser 100% du charbon qui est dans le sol. Numéro deux, il faut déterminer comment avoir 500 ans de croissance zéro dans la production du charbon. Regardez ces chiffres, ce sont des faits.

bartlett11 Arithmetique, Population et Energie par le Docteur Albert BartlettDans les années 1970 il y a avait de grandes inquiétudes à propos de l’énergie. Mais ces inquiétudes ont disparu dans les années 1980. Seulement les soucis à propos de l’énergie dans les années 70 ont poussé les experts, les journalistes, et les scientifiques à assurer le peuple Américain qu’il n’y avait pas de raison de s’inquiéter. Aussi regardons en arrière sur ces assurances des années 70 afin que nous puissions savoir à quoi s’attendre maintenant que la crise énergétique revient.

Voici le directeur de la division énergie du laboratoire Oakridge National qui nous dit comme il est bon marché d’importer du pétrole, nous disant que nous devons avoir de fortes hausses et une croissance rapide de notre utilisation de charbon. Dans ces conditions il estimait que les réserves Américaines de charbon était si importantes qu’elles dureraient au minimum trois cents ans et probablement au maximum mille ans. Vous avez vu les faits, maitenant vous voyez ce qu’un expert raconte et que pouvez-vous conclure ? Il y a eu une émission spéciale de trois heure sur CBS à propos de l’énergie. Le reporter affirmait que selon les estimations les plus basses nous avions assez de charbon pour 200 ans, selon les plus hautes pour plus de mille ans. Vous venez juste de voir les faits et maintenant vous pouvez voir ce qu’un journaliste nous raconte après une étude approfondie, et que pouvez-vous conclure ?

Dans le journal de l’éducation chimique, à la page dédiée aux professeurs dans les écoles de chimie et dans un article d’un membre de l’équipe scientifque du journaln on nous informe que les réserves prouvées de charbon sont énormes et il y a un dessin. Les réserves permettent de satisfaire les besoins présents en énergie des Etats Unis pour presque mille ans. Bien, faisons une petite division. Vous prenez le charbon qu’ils disent être présent et vous le divisez par le taux courant de consommation, on obtien 180 ans. Ils n’écrivent pas, taux courant de consommation, mais plutôt les besoins présents en énergie. Le charbon aujourd’hui fournit environ 20% de l’énergie que nous utilisons aujourd’hui dans ce pays, ainsi si vous voulez calculer le temps pendant lequel cette quantité de charbon peut satisfaire les besoins présents en énergie des Etats Unis, vous devez multiplier le premier résultat par 1/5. Ce qu’on obtient est trente six ans. Ils écrivent presque mille ans. Le magazine Newsweek, dans un article de première page affirme qu’au présent taux de consommation nous avons assez de charbon pour 666.5 ans, le vigule 5 signifie je pense que nous tomberons à court en juillet plutôt qu’en janvier. (Rires dans l’audience). Si nous arrondissons cela, disons grossièrement à 600 ans, c’est assez proche de 500 pour être dans la zone d’incertitude de notre connaissance de la taille des réserves. Ceci dit, c’est une affirmation raisonnable ; mais ce à quoi l’article arrive est que nous devons avoir une croissance rapide et majeure de notre consommation de charbon. C’est évident n’est ce pas ? Si la croissance dont ils parlent est là, la réserve ne durera pas aussi longtemps qu’ils ont dit qu’elle durerait avec une croissance zéro. Ils ne mentionnent jamais ce point. Je leur ai écrit une longue lettre, leur ai dit que je pensais que c’était une sérieuse erreur d’interprétation de donner aux lecteurs le sentiment que nous pourrions avoir toute la croissance qu’ils décrivent et encore avoir ce charbon disponible pour 600 ans. J’ai eu une réponse très jolie de leur part, elle n’a rien à voir avec ce que j’avais essayé de leur expliquer.

J’ai fait cet exposé dans une école supérieure à Omaha, et après l’exposé le professeur de physique vint me voir. Il avait une brochure et me demanda si je l’avais déjà vue. Je ne l’avais pas vue et il m’invita à regarder. Nous avons du charbon par dessus les oreilles, comme indiqué par le magazine Forbes, un éminent magazine d’affaires, les Etats Unis ont 437 milliards de tonnes de réserve de charbon. C’est un grand nombre, l’équivalent de beaucoup de BTU (2) ou encore assez d’énergie pour maintenir 100 milions de grosses usines à charbon pour 800 ans. Et le professeur me demanda comment cela pouvait être vrai, ça ferait une grosses usine de production à charbon pour deux personnes aux Etats Unis. Je lui ai répondu que bien sur cela ne pouvait pas être vrai, c’est absolument insensé. Faisons une petite division pour voir à quel niveau c’est idiot. Prenons le charbon qu’ils affirment être là, divisons par ce qui était alors le taux courant de consommation, on trouve que ça ne durerait pas jusqu’à 800 ans et nous avions à peine à ce moment 500 grosses usines électrique, et ils écrivent qu’il serait possible d’avoir cent millions de ce type d’usine.

Le magazine Time nous informe que dans les puits des Appalaches dans la vallée de l’Ohio et dans les étendues minières de l’ouest réside assez de veines de charbon pour satisfaire la demande du pays pour des siècles, peu importe comment la consommation d’énergie s’accroit. Et alors je vous donne une observation très basique, ne croyez pas une affirmation à propos de l’espérance de vie d’une ressource non renouvelable jusqu’à ce que vous ayez confirmé la prédiction en répétant le calcul. En ce qui concerne les mines de charbon nous devons remarquer que plus la prédiction est optimiste, plus grande est la probabilité qu’elle soit basée sur une arithmétique défectueuse ou aucune arithmétique du tout.

Encore une fois dans le magazine Time, l’industrie de l’énergie est d’accords sur le point que pour acquérir une forme d’autonomie en énergie les Etats Unis doivent exploiter tout le charbon possible. Pensons maintenant à cela un moment. Laissez moi paraphraser cela. Plus vite nous consommons nos ressources, et plus nous serons autonome. N’est ce pas ce que cela signifie ?

David Bower appelle cela la politique de la force jusqu’à l’épuisement. Voici un exemple de force jusqu’à l’épuisement. Voilà William Simon, conseiller présidentiel du Président des Etats Unis. Simon dit que nous devrions essayer de creuser autant de puits qu’il est possible, pour récupérer les réserves prouvées de pétrole. Plus vite nous aurons récupéré la dernière goutte de pétrole du sol et l’aurons utilisé, mieux nous serons. Regardons maintenant le graphique du docteur Hubbert pour la production de pétrole des 48 Etats du sud (lower 48 states), encore une fois en échelle semi-logarithmique.

Ici nous avons une section ligne droite de croissance régulière, mais depuis un bon moment la production est tombée sous la courbe de croissance alors que notre demande a continué à la hausse sur cette courbe jusque dans les années 1970. Il est évident que la différence entre les deux courbes a été compensée par les importations. C’était début 1995 que nous avons lu que l’année 1994 était la première de toute l’histoire de notre nation pendant laquelle nous avons du importer plus de pétrole que nous avons été capable d’extraire de notre sol.

Peut être vous demandez vous si cela a un sens d’imaginer que nous puissions avoir une croissance régulière du taux de consommation d’une ressource jusqu’au moment où la dernière particule est utilisée, et avoir alors un plongeon abrupt à zéro du taux de consommation. Je dis non, cela n’a aucun sens. OK, vous dites, pourquoi nous ennuyer avec le calcul du temps d’expiration. Ma réponse est celle ci : chaque segment de notre société, nos affaires, chefs gouvernementaux, chefs politiques, au niveau local, au niveau des états, au niveau national, tous le monde aspire à maintenir une société dans laquelle toutes les mesures de la consommation matérielle continue à croitre régulièrement années après années après années, un monde sans fin.

bartlett10 Arithmetique, Population et Energie par le Docteur Albert BartlettPuisque c’est si central à tout ce que nous faisons, nous devrions savoir où ça nous mène. D’un autre coté nous devrions reconnaître qu’il y a un meilleur modèle et nous tourner encore vers les travaux du Dr Hubbert. Il a tracé le taux de consommation des ressources qui ont déjà été exploitées, il a trouvé que oui, il y avait une période initiale de croissance régulière du taux de consommation. Mais alors le taux passe par un maximum et redescend le long d’une jolie courbe symétrique en cloche. Nous sommes au pic, nous sommes au milieu de la ressource, c’est exactement ce qu’a dit l’expert du Texas que j’ai cité il y a une minute.

Regardons maintenant ce que cela signifie. Cela signifie qu’à partir de maintenant la production domestique de pétrole ne peut que descendre de la colline, le reste de chemin est vers le bas de la colline. Et quoi que puisse se dire à Washington DC ne fera aucune différence.

Cela signifie que nous pouvons nous donner beaucoup de mal pour créer des petites bosses sur le coté descendant de la courbe, vous pouvez voir qu’il y a des petites bosses sur le coté montant de la colline. Le débat s’échauffe sur l’exploitation des réserves naturelles de l’Arctique. J’ai vu une estimation selon laquelle 3.2 milliards de barils pourraient être trouvés là bas. 3.2 milliards de barils est l’aire de ce minuscule carré ; c’est moins que la consommation annuelle des Etats Unis (3). Regardons maintenant la courbe comme ceci, la surface sous la courbe représente la ressource totale dans les Etats Unis. Elle a été divisée en trois partie, ici le pétrole que nous avons extrait du sol, nous l’avons utilisé, il n’existe plus. Cette bande verticale ombrée, c’est le pétrole pour lequel nous avons des derricks ; nous l’avons trouvé, nous le pompons aujourd’hui. Ombré en vert sur la droite est le pétrole non découvert. Nous avons d’excellentes manières maintenant d’estimer combien de pétrole demeure non découvert. C’est le pétrole que nous devons trouver si nous descendons le long de la courbe comme prévu. Périodiquement quelqu’un me fait remarquer qu’il y a cent ans quelqu’un a fait un calcul et a prédit que les Etats Unis tomberaient à cours de pétrole d’ici à 25 ans. Le calcul a déjà été faux, donc bien sur tous les calculs sont faux. Comprenons bien ce qu’ils on fait. Il y a cent ans […] tout ce qu’ils firent c’est prendre le pétrole découvert, et le diviser par la vitesse à laquelle il était utilisé et tomber sur 25 ans. Ils n’avaient aucune idée de combien de pétrole n’était pas encore découvert. Bien, c’est évident ; il faut refaire un nouveau calcul à chaque nouvelle découverte. Nous ne demandons pas aujourd’hui combien de temps durera le pétrole découvert jusqu’ici, nous nous interrogeons à propos de pétrole découvert et non découvert, nous discutons maintenant du reste du pétrole. Que nous raconte la vue d’ensemble géologique des Etats Unis ?

En 1984 il était estimé que la provision de ressources non découvertes et de ressources démontrées étaient de trente six ans aux présents taux de production, ou dix-neuf ans en l’absence d’importation. Cinq ans plus tard en 1989, ces trente six ans ont baissé à trente deux ans, les dix-neuf ans à seize ans. Ainsi les chiffres se confirment alors que nous descendons le long du coté droit de la courbe de Hubbert.

De temps en temps on entend quelqu’un qui dit que nous ne devrions pas nous soucier du problème, nous pouvons le résoudre. Dans ce cas nous pouvons le résoudre en cultivant du blé, en le distillant en éthanol, et en faisant rouler tous les véhicules des Etats Unis à l’éthanol. Examinons ceci : aujourd’hui la production d’éthanol est équivalente à 43.5 millions de barils de pétrole importés annuellement. Cela semble plutôt bon n’est ce pas, jusqu’au moment où vous réfléchissez. D’abords, la question à se poser est quelle fraction de la consommation des véhicules des Etats Unis représente quarante trois millions et demi de barils. La réponse est 1%.

Il faudrait multiplier la production de blé dévolue à l’éthanol d’un facteur 100 juste pour mettre les nombres en rapports. Il n’y a pas tant de terres agricoles dans les Etats unis. Il y a un plus gros problème. Il faut du combustible diesel pour labourer le sol, pour planter le blé, pour synthétiser les engrais afin de faire grandir le blé, pour prendre soin du blé, pour récolter le blé. Il faut plus d’énergie pour le distiller, et quand vous obtenez finalement un gallon d’éthanol, vous serez chanceux si il y a autant d’énergie dans le gallon qu’il en a fallu pour le produire (4). En général vous perdez. Mais ce bonhomme nous dit de ne pas nous inquiéter, nous pouvons résoudre le problème de cette façon.

En 1956, le Dr Hubbert s’addressa à une convention de géologues et d’ingénieurs du pétrole. Il les informa que ses calculs l’avaient amené à croire que le pic de production de pétrole et de gaz des Etats Unis se produirait entre 1966 et 1971. Personne ne le prit au sérieux. Voyons ce qui est arrivé.

La donnée est issue du Ministère de l’Energie. Voici la croissance régulière ; voici 1956 lorsque le Dr Hubbert fit son analyse. Il dit qu’à ce moment le pic arriverait entre 1966 et 1971. Voici le pic, 1970. Il fut suivi par un déclin très rapide. Alors le pipe-line d’Alaska commença à fournir du pétrole, et ce fut un redressement partiel. Cette production a maintenant atteint son pic et toute la production décroit à l’unisson du coté droit de la courbe. Et quand je vais sur mon PC personnel, ceci est ce qui correspond le mieux aux données. De ceci il semblerait que nous avons consommé les ¾ du pétrole récupérable qui ait jamais été présent dans le sol des Etats Unis, et nous avançons maintenant en roue libre sur la pente descendante des derniers 25% de ce qui fut un jour une énorme ressource. Il faut alors se poser la question du pétrole mondial.

Dr Hubbert en 1974 prédit que le pic de pétrole mondial serait autour de 1995, aussi regardons ce qui s’est produit. Ici nous avons les données du Ministère de l’Energie. Une longue période de croissance régulière, il y a un gros creux ici, et puis une reprise rapide, puis un creux énorme et une reprise très lente. Les creux sont dus à des augmentations brusques de prix dues à l’OPEP. Il est clair que nous n’avons pas encore dépassé le pic, aussi lorsque j’essaye de mettre en corespondance la courbe avec ce qui s’est passé, j’ai besoin d’un peu plus d’information. Il faut aller vers la litérature concernant la géologie et lui demander quelle est la quantité totale de pétrole que nous trouverons jamais sur cette terre. Le chiffre consensuel est deux mille milliards de barils. Bon, c’est incertain, plus ou moins peut être 40 à 50%. Si jamais j’introduit cette donnée et la met en correspondance, le pic est cette année (2004). Si j’assume qu’il y a 50% de pétrole en plus que le chiffre consensuel le pic se déplace en 2019. Si j’assume qu’il y en a le double, le pic se déplace en 2030.

Ainsi, de quelque manière que ce soit, dans votre espérance de vie vous verrez le pic mondial de production de pétrole. Vous devez vous demander à quoi ressemblera la vie lorsque la production mondiale de pétrole sera déclinante, et que la population modiale croitra et que la demande de pétrole par tête croitra. Pensez-y.

Dans l’édition de mars 1998 du Scientific American, il y a eu un article majeur par deux vrais géologue du pétrole. Ils dirent que le pic se produirait avant 2010, et nous sommes tous dans le même bateau. Cet article dans le Scientific American déclencha beaucoup de discussions. Voici un article du magazine Fortune de novembre 1999. Cet article parle du pétrole pour toujours, et dans cet article il y a une critique de l’analyse des géologues, et l’auteur est un professeur au MIT. Et il dit que cette analyse des géologues est une connerie, le monde ne tombera jamais à court de pétrole, pas en 10 000 ans. Regardons ce qu’il s’est produit.

Voici deux graphes, sur la même échelle. Nous avons ici un graphe en barres à propos des découvertes annuelles de pétrole, et voici les productions annuelles de pétrole. Notez que depuis les années 1980 nous avons produit a peu près le double de ce que nous avons trouvé. Cependant vous avez lu et vu et entendu des déclarations de scientifiques et non scientifiques disant que nous avons maintenant des ressources plus grandes de pétrole que jamais auparavant dans l’histoire. Mais bon dieu qu’est ce qu’ils fument ?

bartlett6 Arithmetique, Population et Energie par le Docteur Albert BartlettVoici un autre apperçu de la production mondiale de pétrole, mais cette fois par tête. C’est des litres par personne et par jour. Qu’est ce que deux litres ? Un litre vaut à peu prêt un quart et donc deux litres vallent à peut près ½ gallon. La courbe supérieure assume que la population mondiale n’a pas augmenté depuis 1920, qu’elle est demeurée à 1.8 milliards. Et voici un copie de la courbe précédente. La courbe inférieure montre la population mondiale courante et ce qu’on observe est qu’avec une population mondiale croissante, la courbe s’écrase de plus en plus au fur et à mesure qu’on se déplace vers la droite. Notez que le pic est à environ 2.2 litres par personne par jour dans les années 1970. La chiffre actuel a baissé à environ 1.7 litres par personne et par jour, et on peut donc dire que chaque jour où n’importe lequel d’entre nous utilise plus que 1.7 litres de pétrole directement ou indirectement, il consomme plus que sa part. Pensez juste à ce que cela signifie.

Bien, nous devons maintenant nous intéresser aux nouvelles découvertes. Voici une discussion d’il y a environ 11 ans à propos de la découverte la plus importante des vingt dernières années dans le golfe du Mexique, d’une quantité estimée de sept cents millions de barils de pétrole. Ca fait beaucoup de pétrole, mais beaucoup comparé à quoi ? A ce moment nous consommions 16.6 millions de barils par jour dans les Etats-Unis. Divisez les sept cents par 16.6 et vous trouvez que cette découvrte couvrirait les besoins des Etats-Unis pendant quarante deux jours.

Sur la première page du Wall Street Journal, il était question du nouveau champs de pétrole d’Hibernia au large de la côte sud de Terre-Neuve. S’il vous plait lisez cette ligne dans le gros titre « Maintenant il durera cinquante ans ». Cela vous donne une certaine idée de la quantité de pétrole qu’il peut y avoir là bas, donc continuons la lecture de cette histoire du Wall Street Journal. « Le champs Hibernia, une des plus grandes découvertes en Amérique du Nord depuis des décennies, devrait commencer à fournir du pétrole à la fin de l’année. Au moins vingt autre champs supplémentaires pourraient suivre, offrant bien plus d’un milliard de barils de brut de haute qualité et fournissant au flot régulier de pétrole, à juste un petit trajet pétrolier de la cote Est assoifée d’énergie. »

Encore un peu d’arithmétique. Prenons la quantité de pétrole que nous pensons être là-bas, un milliard de barils. Actuellement la consommation des Etats-Unis a cru jusqu’à environ 18 millions de barils par jour. Divisons un milliard par 18 millions et nous trouvons que cela satisfairait le besoin des Etats-Unis pour 56 jours.

Maintenant quelle était l’impression que vous aviez avec ce gros titre dans le Wall Street Journal ? Et alors que vous y pensez, pensez aussi à la définition de l’agriculture moderne qui convertit le pétrole en nourriture(5, puis à la fin du pétrole.

Dr Hubbert déclara devant un comité du Congrès que la phase de la croissance exponentielle de l’industrie qui avait dominé les activité humaines pendant les quelques derniers siècles était proche de sa fin. Après tout pendant les deux derniers siècles de croissance industrielle ininterrompue nous avons évolué en ce qui revient à une culture de la croissance exponentielle. Je dirais que c’est plus qu’une culture, c’est notre religion nationale, car nous vénérons la croissance. Ramassez n’importe quel journal et vous verrez des gros titre tel que « l’Etat prévoit une croissance robuste ».

Avez-vous déjà entendu un médecin diagnostiquant un cancer à un patient et lui disant qu’il avait un cancer robuste. Cette terrible addiction n’est pas propre aux Etats-Unis, les Japonais sont si habitués à la croissance que les économistes de Tokyo parlent généralement de récession à chaque fois que le taux de croissance passe sous les 3% par an.

Alors, que faire ?

Selon Winston Chruchill « parfois nous devons faire ce que nous devons faire ». Tout d’abord au niveau national nous devons devenir sérieux à propos des énergies renouvelables. Pour débuter nous devons augmenter fortement les fonds pour la recherche, le développement et la généralisation des énergies renouvelables. Nous devons faire apprendre à tout le monde à comprendre l’arithmétique et les conséquences de la croissance, spécialement en terme de population et en terme des ressources finies de la terre. Nous devons éduquer les gens de manière à ce qu’ils reconnaissent que la croissance des taux de population et de consommation des ressource ne peut être soutenue. Quelle est la pemière loi de la soutenabilité ? Vous avez entendu des milliers de personnes parlant sans fin de soutenabilité ; vous ont-ils jamais cité la première loi ? La voici : « La croissance de la population et/ou la croissance des taux de consommation de ressources ne peut être soutenue ». C’est de l’arithmétique simple. Cependant personne de ceux que je rencontre ne vous le dira à propos de la soutenabilité. Je pense qu’il est malhonnête intellectuellement de parler de sauver l’environnement, ce qui est de la soutenabilité, sans insister sur le fait évident que stopper la croissance de la population est une condition nécessaire pour sauver l’environnement et pour la soutenabilité.

Il faut éduquer les gens pour qu’ils voient le besoin d’examiner avec soins les allégations des optimistes de la technologie qui nous assurent que la science et la technologie pourra toujours résoudre tout nos problèmes de croissance de la population, de nourriture, d’énergie et de ressource.

Un grand parmi ces optimistes était le Dr Julian Simon, ancien professeur d’économie et d’administration des affaires à l’université d’Illinois, et plus tard à l’université du Maryland. En ce qui concerne le cuivre, Simon a écrit que nous n’épuiserions jamais notre cuivre parce que le cuivre peut être fait à partir d’autres métaux. Un monceau de lettres envoyées à l’éditeur lui expliquèrent que la chimie dit que c’est impossible, mais il écarta l’objection. « Ne vous inquiétez pas, si un jour c’est important nous pourrons faire du cuivre à partir d’autres métaux ». Simon a publié un livre aux éditions Princeton University. Dans ce livre il parle de pétrole […]. Il continue par affirmer que même si notre soleil n’était pas aussi immense qu’il l’est, il doit surement y avoir d’autres soleils ailleurs. Bien, Simon a raison, il y a d’autres soleil ailleurs. Mais la question est si on doit baser sa politique publique sur la croyance que si nous avons besoin d’un autre soleil nous trouverons comment s’en approcher et le traîner dans notre système solaire. Ne riez pas, pendant des décennies avant sa mort cet homme était un conseiller politique écouté aux plus hauts niveaux à Washington DC.

Bill Moyes interviewa Ivan Kasanof. Il demanda à Kasanof ce qui arrivait à l’idée de dignité de l’espèce humaine si la croissance de la population continuait. Kasanof répondit qu’elle serait complètement détruite.

J’aimerais vous parler de ce que j’appelle la métaphore de la salle de bain. Si deux personnes vivent dans un appartement avec deux salles de bain. Alors les deux ont liberté d’utiliser une salle de bain. Elles peuvent aller dans la salle de bain quand elles le désirent, y rester aussi longtemps qu’elles le veulent, pour faire ce qu’elles souhaitent, et tout le monde croit en la liberté de séjour dans la salle de bain. Cela devrait être écrit dans la Constitution. Mais si il y a vingt personnes dans l’appartement et deux baignoires, alors peu importe combien chaque personne croit en la liberté de séjour dans la salle de bain, elle n’existe pas. Kasanof conclua avec l’observation la plus profonde que j’ai entendue depuis des années : de la même manière la démocracie ne peut survivre à la surpopulation. La dignité humaine ne peut survivre à la surpopulation. Le confort et la décence ne peuvent survivre à la surpopulation. Alors qu’il y a de plus en plus de gens au monde, la valeur de la vie non seulement décline mais disparaît. Cela ne change rien si quelqu’un meurt. Plus de gens il y a, moins un l’individu compte. Et aussi, au centre de tout ce que nous devons faire est reconnaître que la croissance de la population est la cause immédiate de toute la crise des ressources et de la crise environnementale.

Et pendant cette dernière heure la population mondiale s’est accrue d’environ dix mille personne et celle des Etats Unis de à peu près 280 personnes. Et ainsi pour réussir l’expérience de la vie humaine sur la Terre nous devons comprendre les lois de la nature, telle que nous les rencontrons dans l’étude des la science et des mathématiques. Nous devrions nous souvenir des mots d’Aldous Huxley selon lesquels « les faits ne cessent d’exister parcequ’ils sont ignorés ». Nous devrions nous souvenir des mots d’Eric Severson ; il observa que la source principale des problèmes sont les solutions. C’est ce que nous rencontrons chaque jour ; les solutions aux problèmes ne font quempirer les problèmes. Nous devrions nous souvenir du message de cet dessin humoristique « penser est très perturbant, cela nous renseigne sur ce que nous préfererions ne pas savoir ». Nous devrions nous souvenir des mots de Galilée « Je ne me sens pas obligé de croire que le même Dieu nous a dotté de sens, de raison et d’intellect et qu’il avait l’intention que nous renoncions à leur usage ». S’il y a un message c’est celui là. Nous ne pouvons laisser les autres penser pour nous.

Maintenant à l’exception de ces graphiques à propos du pétrole, les choses que je vous ai dites ne sont pas des prédictions pour le future, seulement des faits et le résultat d’arithmétique très simple. Je le fait avec la confiance que ces faits, cette arithmétique, et plus important, le niveau de compréhension que nous en avons, joueront un rôle majeur dans ce que nous ferons de notre futur. Maintenant, n’acceptez pas ce que j’ai dit aveuglèment ou sans être critique, en raison de ma réthorique ou pour toute autre raison. S’il vous plaît vérifiez les faits, vérifiez mon arithmétique et si vous trouvez des erreurs faites le moi savoir. Si vous ne trouvez pas d’erreurs alors j’espère que vous prendrez cela très très sérieusement.

Vous êtes des gens importants car vous pouvez réfléchir. Si il y a quelque chose en faible quantité dans le monde d’aujourd’hui, ce sont des personnes qui veulent bien réfléchir. Aussi voilà un défi. Pouvez vous réfléchir à n’importe quel problème à n’importe qu’elle échelle de microscopique à globale, dont la résolution sur le long terme est, d’une manière démontrable, aidée, assistée ou avancée par une population plus importante aux niveaux local, d’un état, national ou global ? Pouvez-vous pensez à quoi que ce soit qui peut être meilleur si nous entassons plus de gens dans nos cités, nos villes, dans notre état, notre nation ou sur cette Terre ?

Maintenant je finis sur ces mots de feu le révérend Martin Luther King Junior qui disait qu’à la différence des pestes du moyen âge, nos maladies contemporaines que nous ne comprenons pas encore, la peste moderne de la surpopulation peut être résolue avec des moyens que nous avons découvert et des ressources que nous possédons. Ce qu’il manque n’est pas une connaissance suffisante de la solution, mais une conscience universelle de la gravité du problème et l’éducation des milliards qui sont ses victimes.

J’espère avoir raisonnablement traité de ma déclaration initiale, selon laquelle je pense que le plus grand défaut de la race humaine est notre incapacité à comprendre cette arithmétique très simple.

Merci beaucoup.


www.albartlett.org

www.jclahr.com/bartlett

Une synthèse pédagogique sur la monnaie.

La transcription en français est ici.

Un article de septembre 2008 de 20 minutes - tellement savoureux… A compléter… 

 VERBATIM – Depuis l’été 2007 et le déclenchement de la crise des «subprimes», la ministre de l’Economie tient fermement la barre du navire France… 

Depuis l’été 2007 et le déclenchement de la crise des «subprimes», la ministre de l’Economie Christine Lagarde tient fermement la barre du navire France, assurant à ses passagers que tout va globalement bien et que la crise financière épargnera la France. Malgré quelques périodes de doutes, en février-mars et en septembre 2008.

20minutes.fr a recensé un an de déclarations de la ministre de l’Economie. No comment.

17 août 2007, conférence de presse
«L’économie française repose sur des fondamentaux qui sont solides […] Je ne conçois pas aujourd’hui de contamination à l’économie mondiale»

17 août 2007, dans «Le Parisien»

«Ce n’est pas un krach […] Nous assistons aujourd’hui à un ajustement […] une correction financière, certes brutale mais prévisible»

5 novembre 2007 sur «Europe 1»

«La crise de l’immobilier et la crise financière ne semblent pas avoir d’effet sur l’économie réelle américaine. Il n’y a pas de raisons de penser qu’on aura un effet sur l’économie réelle française»

18 décembre 2007, sur «France-Inter»

«Nous aurons certainement des effets collatéraux, à mon sens mesurés. [Il est] largement excessif de conclure que nous sommes à la veille d’une grande crise économique»

22 janvier 2008, sur «Europe 1»
«[Un krach?] Il faut éviter les mots spectres, les mots angoisse comme ça […] Je crois qu’on a observé une correction brutale sur les marchés asiatiques, européens dans la foulée»

10 février 2008, au G7 au Japon
«Nous ne prévoyons pas de récession dans le cas de l’Europe»

11 février 2008, dans «Le Figaro»
«Si les États-Unis devaient éviter la récession, leur croissance sera toutefois très faible. L’Europe sera elle aussi touchée».

26 mars 2008, conférence de presse

«L’environnement international est difficile […] La volatilité actuelle des taux de change et le niveau du dollar sont un risque pour notre croissance»

1er juillet 2008, dans «Le Figaro»
A l’orée de la présidence française de l’UE, Lagarde veut rester comme le ministre français ayant permis à l’Europe «d’éviter la crise financière d’après»

15 septembre 2008, sur «Europe 1»
«L’ensemble des autorités bancaires, le Trésor, les banques centrales se sont concertées pendant plusieurs jours, les mécanismes sont en place, il n’y a pas panique à bord»

16 septembre 2008, conférence de presse
«[La crise aura] des effets sur l’emploi et sur le chômage [pour l’heure] ni avérés ni chiffrables»

20 septembre 2008, conférence de presse

«Le gros risque systémique qui était craint par les places financières et qui les a amenées à beaucoup baisser au cours des derniers jours est derrière nous»

21 septembre 2008 sur «Europe 1»
«Je ne suis pas euphorique, pas plus que je n’étais catastrophiste […] La crise est loin d’être finie»

 

 

Vincent Glad

 

 

Un article d’avril 2008 de Frédéric Lordon pour alimenter la réflexion :

Mercredi 23 avril 2008, par Frédéric Lordon

Table des matières

Alors que la crise présente n’est que la répétition formelle d’une scène caractéristique de la déréglementation financière déjà expérimentée maintes fois depuis deux décennies, il devrait être parfaitement clair pour tout le monde que, sitôt les pertes digérées – il faudra certes encore quelques trimestres –, banques et fonds n’auront pas d’autre préoccupation que d’identifier le nouveau compartiment de marché susceptible de livrer le surplus désiré de rentabilité financière. Et le cycle apuration des pertes-bulle-krach repartira pour un tour…

Cet éternel retour est suffisamment pénible pour qu’on se décide à y mettre un terme. Il est cependant assez évident que les indigents moyens déployés jusqu’à présent, essentiellement constitués de menaces verbales sans suite ou de supplications à la transparence qui n’engagent à rien, ont peu de chance d’y suffire… Or la crise des subprimes est, ou aura été d’une gravité qui devrait dissuader de feindre l’action une fois de plus, et convaincre d’agir vraiment. C’est-à-dire radicalement.

Cette action radicale devrait être gouvernée par quatre principes fondamentaux – il ne devrait pas être trop difficile de voir en quoi ils rompent avec les stratégies du fil de l’eau suivies jusqu’ici. Elle pourrait prendre la forme plus précise de neuf propositions. Celles-ci revêtent nécessairement un caractère « technique » qui rend difficile de les exposer en peu d’espace. L’esquisse d’un « plan d’arraisonnement » qu’on va lire ici est tirée d’un ouvrage en préparation qui, la place y étant moins comptée, prendra le temps de rendre plus accessibles le fonctionnement des produits et des marchés financiers en cause. L’urgence commande cependant de mettre ces idées en circulation au plus vite, quelque imparfaites qu’elles soient, pour lancer à partir d’éléments substantiels et précis le débat collectif sur la re-réglementation avant que ne se referme cette exceptionnelle fenêtre d’opportunité par laquelle, à la faveur du spectacle de l’effondrement, il devient possible de dire ce qui était jusque là réputé « indicible » et de penser ce qui était décrété « impensable ». Cet empressement se paye au prix d’ellipses qui supposent implicitement connues certaines choses et peuvent rendre l’exposition incomplète et/ou peu accessible pour le non-spécialiste – en espérant que cet arbitrage entre urgence de l’intervention et clarté de la présentation soit au finale à peu près positif.

Quatre principes 

 
Principe 1 : Quand une bulle est formée, il est trop tard. Elle crèvera nécessairement, avec l’éventualité d’armer tous les mécanismes du risque systémique – c’est-à-dire de la prise d’otage des pouvoirs publics (banques centrales et Trésors) sommés de venir socialiser les pertes sous peine de risquer un collapsus majeur. Le schéma de re-réglementation de la finance doit donc poursuivre l’exigeant objectif stratégique d’empêcher la formation des bulles. On voit tout ce qui sépare ce schéma des pauvres tentatives en cours d’élaboration, notamment aux Etats-Unis – pourtant infiniment plus réactifs que les européens sur ces sujets ! – tentatives qui, de l’aveu même du Secrétaire au Trésor Paulson, n’ont ni la vocation ni la capacité d’éviter de nouveaux accidents financiers…

Principe 2 : La finance est serve. Sa présence et son action ne sont tolérables qu’à concurrence des services qu’elle rend effectivement à l’économie productive. Et ceci spécialement si l’on prend en considération le potentiel de catastrophes que recèle toute dérive auto-centrée de l’activité financière. C’est pourquoi, compte-tenu du degré manifeste – et manifestement dangereux – d’autonomie pris par la finance contemporaine, la ramener à la subordination exigera sans doute de lui imposer de brutales, mais salutaires, régressions. Il faut y être prêt.

Principe 3 : Le principe de level playing field retenu jusqu’ici par les institutions internationales de la régulation prudentielle (essentiellement les Accords de Bâle, I et II) est une impasse. Comme son nom l’indique, le level playing field vise à établir des normes communes pour réaliser un espace financier commun. On comprend bien, compte-tenu de ce dernier objectif, qu’il ne doive y avoir aucune « dénivellation » réglementaire sauf à induire des distorsions dans la concurrence des places, les places à basse intensité réglementaire jouissant d’un avantage compétitif évident. Mais comme toujours, l’objectif intermédiaire de normes prudentielles communes a conduit à des normes prudentielles minimales. Par un effet de plus petit dénominateur commun, le dogme du level playing field, c’est-à-dire du marché financier mondial unifié, ne peut mener ailleurs qu’au minimum minimorum de la régulation. L’incapacité des accords de Bâle à empêcher quelque crise que ce soit en est la tragique démonstration. Rétablir des zones financières à régulation adéquate, sans attendre que les plus intéressés à la déréglementation – Etats-Unis et Royaume-Uni – ne finissent par s’y rendre, exige donc de leur aménager des protections, c’est-à-dire de recloisonner le marché financier mondial.

Principe 4 : L’Europe est une zone d’activité financière autosuffisante. Elle peut parfaitement adopter unilatéralement un degré supérieur de réglementation financière sans risquer, comme on s’empresse de le dire, la désertion des capitaux, ou sans que les capitaux extra-européens partis lui manquent. Au demeurant, les impératifs de diversification sectorielle et géographique rendent impossible aux investisseurs extra-européens de « faire l’impasse » sur le marché européen. Qui sait, peut-être même finiront-ils par être séduits par le degré supérieur de stabilité qui y règnera une fois la réglementation mise en place… Il est bien évident que par « Europe » il faut entendre ici les 27 moins le Royaume-Uni. Puisque le Royaume-Uni est manifestement décidé à ne revenir sur aucune des « libertés » de la finance de marché, il faut lui appliquer une stratégie adéquate de cantonnement et le considérer, en tout cas du point de vue de la reréglementation financière, comme de facto non-européen. Le Royaume-Uni ainsi mis à part, il résulte du principe précédent que la zone européenne de réglementation financière ne peut émerger qu’en cessant d’être ouverte à tous les vents de la finance, donc en envisageant certaines restrictions aux mouvements des capitaux. L’abrogation de l’article 56 (renuméroté 63) du Traité européen consolidé est donc un préalable à toute reréglementation financière sur une base européenne. Tel est l’objectif défendu par le mouvement « Stop Finance » (www.stop-finance.org).

Neuf propositions 

 

Les principes précédents ont un caractère stratégique. Mais ils n’ont pas en eux-mêmes de portée opératoire – si ce n’est le principe 4 qui pose clairement le strict encadrement des transactions avec des entités financières extra-européennes qui ne se seraient pas soumises, d’elles-mêmes ou sous l’action de leur propre régulateur, aux normes européennes à venir.

Le passage à l’action re-réglementatrice s’appuie, lui, sur des principes tactiques. On ne s’étonnera pas que tous s’expriment sur le mode négatif du « dé- » car il est bel et bien question de faire régresser la finance et de lui ôter une partie de ce qu’elle a conquis. Ces principes tactiques sont au nombre de six : désincitation, désophistication, détitrisation, déleviérisation, désalimentation et déconnexion. Leur mise en œuvre s’étage sur tous les niveaux de la finance : microéconomique (les comportements des opérateurs) ; mésoéconomique (les constructions institutionnelles gouvernant le fonctionnement des marchés) ; macroéconomique (le pilotage de la politique monétaire).

Proposition 1. Désincitation

Toutes les incitations déterminant les conduites individuelles de la finance sont vicieuses. L’une des pires est incorporée dans les formules de rémunération de ses hommes. En effet l’investissement dans un actif financier quel qu’il soit est toujours l’acquisition d’un couple rendement-risque. Or les formules de rémunération de la finance ne prennent en compte que la première composante : les traders voient la part variable de leur rémunération courante indexée sur leur seule rentabilité courante. Mais cette rentabilité courante a pour compagnon invisible un certain niveau de risque. Il est invisible en temps réel puisque, par construction, le risque n’est matérialisé qu’ex-post ! Le trader touchera donc le profit dérivé de la hausse tant qu’il y a hausse, mais n’enregistrera aucun des effets de la baisse – simplement son bonus sera-t-il nul quand celle-ci se produira. Il est donc de ce fait incité à méconnaître le risque contracté pour privilégier la rentabilité courante qui alimente son bonus courant… puisque, si risque il y a, il ne sera manifeste qu’« après ». Il résulte de cette asymétrie des incitations une sous-appréciation notoire du risque – en d’autres termes il y a de puissants intérêts derrière ce que Hyman Minsky appelait justement « l’aveuglement au désastre ».

La première proposition vise donc à rétablir la symétrie d’incitation en rendant la rémunération des traders pleinement algébrique – c’est-à-dire susceptible de valeurs négatives ! Les pertes issues de la matérialisation des risques antérieurement contractés ne doivent plus seulement annuler les bonus mais les rendre négatifs. Les traders auraient ainsi à rembourser sur leurs gains passés les pertes présentes et dans les mêmes proportions. On imagine sans peine les effets de la rémunération algébrique sur leur comportement ! Soit la hantise d’avoir à restituer les gains antérieurs oblige à les mettre en réserve et paralyse la consommation ostentatoire – détruisant l’une des jouissances qui donne son ressort à l’existence comme trader ; soit elle ne parvient pas à produire le comportement de réserve mais alors au prix d’une nouvelle attitude face au risque rendue drastiquement rigoureuse. Dans tous les cas, la perspective de la perte personnelle cuisante devrait être puissamment régulatrice.

On objectera sans doute que, dans ces conditions, les traders les plus « compétents » prendront le chemin de l’exil sous l’effet de la concurrence des offres salariales de la part des banques qui ne seraient pas soumises à l’obligation de la rémunération algébrique. Surtout, qu’on ne les retienne pas ! L’utilité sociale de ces soi-disant « cerveaux » demeure des plus discutables. Que ne restent que les opérateurs « moyens » – non exportables – ne saurait être en soi un problème : si leur agilité à manier les produits les plus complexes est moindre, leurs employeurs leur en feront manier de plus rudimentaires. Or c’est exactement l’autre effet recherché ! L’une des plaies de la finance libéralisée vient de la dynamique incontrôlable de la dite « innovation » financière qui multiplie les produits d’une invraisemblable complexité dont la mesure de risque devient presque impossible. La proposition de désincitation des financiers est donc par ses effets collatéraux une mesure de dé-sophistication de la finance, mouvement qu’il est urgent d’amorcer pour recréer de meilleures conditions d’appréciation et de contrôle des risques.

Proposition 2. Détitrisation

La dynamique des acquis sociaux semble avoir changé de camp. Tout ce que le travail a gagné est devenu contestable, tout ce que le capital obtient est décrété irréversible. Ainsi de l’« innovation » financière. Deux des plus toxiques, les produits dérivés et la titrisation, dont la finance s’est parfaitement passée pendant des décennies – rappelons qu’ils ont été répandus à partir du milieu des années 80 –, sont maintenant déclarés tellement indispensables qu’il serait simplement inconcevable de vivre sans. Ces braiements de la finance ne doivent impressionner personne. Jusqu’au début des années 90, les banques… ont fait leur métier de banquier : elles ont accordé des crédits, puis les ont conservés sur leurs livres jusqu’à l’échéance ; et il faudrait une certaine audace pour affirmer qu’elles s’en sont mal portées. Nous nous proposons de leur faire faire ce minime saut en arrière et de renoncer à nous convaincre que rien ne serait plus possible si on les privait de l’outil de la titrisation. Comme on sait, la titrisation permet aux banques de se défaire de leurs crédits aussitôt qu’accordés, et de les vendre sous la forme de créances négociables sur des marchés ad hoc. On se demande rétrospectivement comment il est possible de s’étonner que cet instrument de défausse systématique du risque de crédit ait conduit à un effondrement de la sélectivité des prêts – jusqu’à faire surgir la catégorie des prêts subprimes.

L’instrument de la titrisation est particulièrement dangereux car il a la propriété de soustraire le comportement bancaire d’émission de crédits, donc de risques, à toute régulation prudentielle. En effet les banques sont normalement limitées dans leur politique de crédit par les règles prudentielles qui les contraignent à réserver du capital propre à hauteur de 8% du total de leurs encours risqués. Mais les crédits titrisés sortent immédiatement du bilan des banques puisqu’ils sont formellement cédés à des entités juridiques distinctes, les Special Purpose Vehicles (SPV) – dont les fameux CDO (Collateralized Debt Obligations) ont été l’un des représentants les plus en vue lors de la crise du crédit. Par conséquent, des risques-crédit sont émis, et même en quantité gigantesque, mais en échappant à toute provision prudentielle de capitaux propres puisque la banque s’en débarrasse dans l’instant – du point de vue de la supervision, tout se passe comme si ces crédits n’avaient simplement pas été accordés…

Il y a donc dans ce dossier plus qu’il n’en faut pour interdire purement et simplement le recours à la titrisation des crédits. Si quelques timidités se manifestent, deux solutions un peu plus douces sont également disponibles. La première consisterait à drastiquement limiter la part titrisable des portefeuilles de crédit – pas plus de 5% par exemple, qui laissent ainsi une marge aux banques pour le redéploiement de leurs capitaux propres (pour mémoire on rappellera que lors des dernières années de la bulle subprime, près de 50% des crédits immobiliers ont été titrisés…). Une autre solution consisterait à laisser ouverte telle quelle la possibilité de la titrisation… mais à imputer aux banques la totalité des risques titrisés dans le calcul de leurs provisions prudentielles de capitaux propres, quand bien même ils ont été sortis de leurs bilans. Du point de vue de la surveillance du risque, cette formule équivaut donc à une conservation complète des crédits, la titrisation demeurant alors intéressante pour les banques, non plus comme instrument de défausse du risque, mais comme instrument de refinancement de marché.

Proposition 3. Déleviérisation d’endettement

L’un des procédés les plus générateurs de risque de la finance spéculative tient à la mobilisation intensive de l’effet levier – à savoir le recours à de forts taux d’endettement comme démultiplicateur de la rentabilité brute. Les agents prennent alors des positions qui peuvent excéder considérablement leurs capitaux propres, situation extrêmement dangereuse lorsque les paris spéculatifs tournent mal. Il est inutile de souligner la gravité des conséquences lorsque les agents en question sont des banques, à plus forte raison des banques de dépôt… Bien loin des aimables bluettes de certains manuels d’économie financière qui nous laissent croire que la valeur usuelle des leviers tourne entre 2 et 5, on rappellera que la banque Bear Stearns était leviérisée à 35 et le Hedge Fund Carlyle Capital Group à 32… avant de faire faillite l’un et l’autre. Dans le cas de Bear Stearns, la régulation prudentielle et ses ratios de capital (Cooke ou McDonough) ont eu à l’évidence quelques absences. C’est pourquoi il faut reconstruire des ratios réglementaires limitant strictement les effets de levier d’endettement (on verra ci-dessous qu’il est aussi une autre sorte d’effet de levier – à combattre tout autant, et pour les mêmes raisons de fond). On dira que telle était bien en un sens l’intention du ratio de capital lui-même en définissant les engagements risqués comme multiple des capitaux propres. Force est cependant de constater qu’en cette matière, l’échec aura été à peu près complet.

Comme il est impossible d’avoir une vue totalement déconsolidée (opération par opération) de l’activité de marché des banques et que la confusion des flux empêche toute imputation, la proposition présente suggère de construire un ratio de (dé-)leviérisation moyenné à échelle d’établissement. Pour une période donnée, on note P l’ensemble des positions de marchés (tous actifs financiers confondus) prises par la banque. On note D l’ensemble des dettes de toutes échéances contractées par elle. On note enfin E l’ensemble de ses engagements, débours réels et positions de marchés prises (il y a lieu de faire une différence car certains actifs dits unfunded ne réclament aucune avance de fonds donc aucun débours réel). Par convention on impute proportionnellement la dette DM = D*(P/E) aux prises de positions de marché. Il s’en déduit un effet de levier relatif aux positions de marché LM = P / (P – DM). Le ratio prudentiel de (dé-)leviérisation fixera alors une borne supérieure – sévère, c’est-à-dire basse – à LM. À ceux qui feront remarquer que ce ratio est quelque peu grossier, on répondra que dans sa définition même le ratio de capital retenu par les accords de Bâle n’est pas beaucoup plus subtil… L’extrême simplicité de conception du ratio de capital n’a pas empêché que lui soient données des mises en œuvre d’une grande précision de détail. Rien ne s’oppose en principe à ce qu’il en aille de même pour le ratio de (dé-)leviérisation. On ajoutera également que la rusticité, et surtout la brutalité, du ratio de (dé-)leviérisation sont très nécessaires. Bien sûr dans les applications « raffinées » dudit ratio, il faudrait en principe procéder de la même façon que pour le ratio de capital Bâle II, c’est-à-dire en pondérant les différents risques qui entrent dans l’agrégat P des prises de position de la banque. Il ne faut cependant pas avoir une confiance excessive en ces mesures de risque différenciées : pour des raisons fondamentales, qu’il est impossible d’exposer en détail ici, les modèles de mesure du risque en vigueur dans les institutions financières ont révélé des carences rédhibitoires – en témoigne intuitivement l’ampleur des pertes réalisées sur des produits de la finance structurée (notamment les fameux CDO) dont certaines tranches avaient été jugées parfaitement sûres… avant qu’on s’aperçoive qu’elles ne valaient plus tripette. À défaut de pouvoir l’expliquer complètement ici, il faut insister sur ce point : cette carence de la finance mathématique à mesurer les risques en temps de grande instabilité n’est ni accidentelle ni remédiable, elle est essentielle et indépassable – en deux mots tout de même, pour qui voudra, l’argument technique ultra-compacté : cette impossibilité tient au fait que les densités de probabilité qui entrent comme hypothèses dans les modèles dits de Value-at-Risk sont immanentes aux interactions des agents… et sont par conséquent radicalement indéterminées ex ante. C’est pourquoi la solution « du yatagan » qui impose des ratios de (dé-)leviérisation absolument draconiens n’a que d’excellentes propriétés d’économie de moyens puisqu’elle anticipe à raison que les risques jugés modérés par beau temps se révéleront très probablement extrêmes par gros temps : autant donc les limiter ex ante et de la plus sévère façon.

Proposition 4. Régulation impérative de tous les acteurs non-bancaires de la finance de marché

On fera sans doute observer, d’une part que le ratio de (dé-)leviérisation ne s’applique qu’aux banques qui ne sont pas les seuls acteurs de la finance marchéisée, et d’autre part que, en tant que brokers, les banques peuvent être amenées à passer des ordres pour des clients dont les investissements ont déjà été leviérisés par ailleurs (un investisseur peut confier un mandat de gestion à une banque A pour un volume de fonds dont une bonne partie est composée d’endettement contracté auprès des banques B, C, etc.). Les investisseurs, quelle que soit leur nature, doivent être soumis eux aussi à ces ratios de (dé-)leviérisation, pour des valeurs variant éventuellement par catégorie d’établissement. Une attention particulière devrait être portée aux Hedge Funds qui se distinguent des autres investisseurs, entre autres, par leurs leviers extrêmement élevés. Or ces fonds d’investissements, dont les prises de position agressivement spéculatives se révèlent très déstabilisantes, échappent à toute supervision prudentielle ! De fait la majorité des Hedge Funds font de l’évasion réglementaire un élément constitutif de leur stratégie en se domiciliant dans des places financières offshore. Cette carence réglementaire est intolérable et doit être impérativement comblée.

Il faut donc interdire toute transaction entre les opérateurs financiers de la zone européenne régulée et les entités des places offshore. N’auront accès aux marchés financiers européens que les Hedge Funds qui se seront enregistrés auprès de l’autorité européenne des marchés et qui par conséquent se seront soumis à sa réglementation.

Proposition 5. Déleviérisation « de marché » – les marchés organisés de produits dérivés

L’essentiel de la prolifération financière – terme qu’on préférera nettement à celui d’« innovation » financière – est venu du compartiment des produits dérivés. Quoique encore discutée par ceux qui voulant sauver tous les acquis de la finance ne se rendront jamais à l’évidence, leur contribution à l’instabilité financière est devenue patente, pas seulement par les interactions spéculatives qui s’établissent entre marchés à terme et marchés au comptant, mais aussi du fait de l’organisation propre des transactions sur dérivés. Ces transactions se distribuent en deux grandes catégories : transactions sur des marchés dits organisés ou bien sur des marchés de gré-à-gré (ou encore OTC, pour Over The Counter).

Toutes les transactions sur les marchés organisés passent par l’intermédiaire d’une chambre de compensation qui est la contrepartie commune de tous les intervenants : la chambre de compensation est l’acheteur de tous les vendeurs et le vendeur de tous les acheteurs. La chambre de compensation impose à tous les intervenants des avances de fond qu’on appelle dépôt de marge. Ce dépôt de marge est une sorte de coussin de sécurité dont l’épaisseur est beaucoup moins grande que les positions elles-mêmes puisqu’il n’est destiné qu’à enregistrer les variations de prix et à solder les éventuelles moins-values. C’est que la grande caractéristique des transactions sur dérivés (quel que soit le marché) est en effet la suivante : portant sur des promesses de vendre ou d’acheter, donc d’encaisser ou de payer, à une certaine échéance, elles ne nécessitent pas en principe de mise de fond immédiate au moment où elles sont conclues. Les opérateurs s’y engagent donc en quelque sorte à découvert, au sens où ils ne sont tenus à aucun apport de fonds propres (et même de fonds tout court !) au moment de la passation du contrat. Si l’on se souvient que le levier est défini en général comme la capacité de prendre une position sans disposer préalablement en propre de la totalité des fonds, c’en est ici la forme maximale !

Le dépôt de marge sur les marchés organisés instaure donc, mais artificiellement puisqu’elle n’est pas requise en principe, une obligation de mise de fond préalable. Mais cette obligation est d’une telle minceur en proportion des positions prises, qu’elle définit de fait des leviers faramineux. Ainsi, par exemple, un apport de 1000 dollars permet-il de prendre une position de 375.000 dollars sur le marché des futures de l’indice S&P500 ! Ce levier lié à l’organisation particulière des marchés dérivés vient donc se superposer au levier d’endettement proprement dit (voir proposition 3) – un opérateur pourrait en effet très bien avoir emprunté 900 des 1000 dollars requis pour le dépôt de marge et s’être engagé sur les 375.000 dollars de futures avec… juste 100 dollars en poche ! On ne s’étonnera donc pas que Bear Stearns avec 8 milliards de dollars de capitaux propres se soit retrouvé engagée, tous produits dérivés confondus, à hauteur de… 13.400 milliards de dollars ! Certes il ne s’agit pas là d’une position ouverte du même montant car, dans ce total, de nombreuses opérations sont de couverture mutuelle. Il n’en demeure pas moins que ces 13.400 milliards de dollars représentent bel et bien le risque de contrepartie que faisait peser Bear Stearns sur la communauté financière internationale, puisque en cas de faillite, il y aurait eu pour 13.400 milliards de dollars de transactions non réglées… On fera remarquer, là encore, que sur ce total beaucoup d’engagements à payer compensent des engagements à recevoir. Le risque de contrepartie net est donc moins élevé. Même s’il s’établissait à 10% du total, il n’en resterait pas moins 1340 milliards de dollars de transactions non soldées – une paille… S’y ajoute le fait que les compensations des paiements à effectuer et à recevoir n’a pas forcément le bon goût de s’opérer établissement par établissement, de sorte que certains se retrouvent vis-à-vis de Bear Stearns dans une position nette très ouverte… et par conséquent très exposée au risque de contrepartie. On imagine sans peine les effets d’un tel défaut. La Réserve Fédérale les a imaginés sans peine, et l’on comprend aisément l’urgence qui l’a saisie lors du week end du 15 et 16 mars alors que la faillite de Bear Stearns était imminente – et imminente également la ruine d’ensemble du système financier.

Parce que les exigences de fonds propres sur les produits dérivés sont ridicules, et que la leviérisation s’y élève au carré (leviérisation « de marché » x leviérisation « d’endettement ») ces marchés font régner un risque de contrepartie insupportable. La déleviérisation étant l’un des principes tactiques les plus centraux du schéma présent, il faut imposer aux chambres de compensation d’exiger des dépôts de marge beaucoup plus importants que les quelques ridicules pourcents d’aujourd’hui. On pourrait très bien imaginer en principe une règle de couverture intégrale en fonds propres des positions sur dérivés (dépôt de marge 100%, levier 0 – en fait : 1). Si ces produits sont hautement spéculatifs et déstabilisants, il faut donc les rendre inintéressants, or le levier est cela même qui produit par effet multiplicateur de faramineuses rentabilités des fonds propres. Si la couverture intégrale est jugée trop rigoureuse, qu’à cela ne tienne : on pourra mettre le curseur où l’on voudra, 50%, 80%, peu importe, mais en tout cas plus les dérisoires 1% ou 2% des dépôts de marge actuels.

Proposition 6. Nationalisation (européenne) des entreprises de bourse

On objectera peut-être à la proposition précédente que ce sont les chambres de compensation qui ont tout pouvoir de fixer le niveau des dépôts et des appels de marge et que ces « entreprises de marché » sont souveraines car… privées. Et c’est vrai ! Tel est bien l’un des scandales de la libéralisation financière : les places financières, c’est-à-dire l’infrastructure des marchés, ces institutions stratégiques pour la réglementation, sont sous la coupe d’entreprises privées ! Ainsi Eurex, l’entreprise qui tient les marchés organisés de dérivés en Europe est-elle issue de la fusion de Deutsche Börse AG et de Swiss Exchange, dans le but avoué de faire concurrence à une autre entreprise privée, le LIFFE de Londres. On se doute que ces « entreprises de marché » privées n’adhéreront pas spontanément à un projet qui se donne pour but explicite de rendre inintéressants les produits qu’elles cotent, et dont elles tirent leurs revenus… Il est d’une évidence impérative qu’un contrôle politique doit être récupéré sur ces « entreprises de marché » qui doivent par conséquent être nationalisées, dans le cas présent sous une forme européenne (donc sous un statut ou sous un dispositif encore à créer), afin de recouvrer toute latitude en matière de réglementation – et ici de déleviérisation – des produits dérivés. Pour celles de ces entreprises qui, telles Euronext, ont choisi de lier leur destin à leurs homologues américaines ou anglaises, il faudra briser le lien transatlantique ou transmanche, c’est-à-dire la dépendance à des zones financières qui n’ont visiblement aucune intention sérieuse de reréglementation.

Proposition 7. Déleviérisation « de marché » – les marchés OTC

Quand on a dit, comme précédemment, que le dépôt de marge constituait « la forme maximale du levier », on était en fait au dessous de la vérité. Car, par opposition aux marchés organisés, les produits dérivés s’échangent également sur des marchés dits de gré-à-gré (ou OTC, Over the Counter) qui, comme leur nom l’indique, consistent en la simple mise en relation bilatérale des contractants sans intermédiation d’une place (chambre de compensation). Pour le coup, sur l’OTC il n’y a aucun organisme médiateur qui vienne exiger une mise de fonds préalable, fût-elle aussi minime que les dépôts de marge. Il n’y a donc rien qui vienne limiter les positions que peuvent prendre les opérateurs à découvert de fonds propres. Le levier théorique y est par conséquent… infini !

Parce que ces marchés et leurs produits – on pense en particulier aux Credit Default Swaps (CDS) qui sont libres de tout financement préalable (et pour cette raison dits unfunded) et se sont spectaculairement illustrés dans la présente crise du crédit –, parce que, donc, ces marchés et ces produits sont au principe d’une accumulation invraisemblable de risques de contrepartie, il faut y mettre un terme. Dans la zone européenne réglementée, les transactions OTC seront purement et simplement interdites. Il n’est pas une transaction sur produits dérivés qui ne sera autorisée si elle ne passe par un marché organisé avec chambre de compensation, évidemment sous tutelle publique, et dans les conditions d’appel de marge conformes à la précédente proposition.

Comme d’habitude, le monde de la finance hurlera avant d’avoir mal et arguera de la « nécessité » de transactions de gré-à-gré qui offrent des couvertures de risque sur mesure alors que les produits échangés sur les marchés organisés sont standardisés pour être rendus fongibles (et ainsi proposer une meilleure liquidité). Que les couvertures soient alors imparfaites est réel, mais ne devrait pas être vu comme un problème, au contraire : dans le paysage de la nouvelle réglementation, la persistance de quelques risques mal assurés devient paradoxalement vertueuse puisqu’elle oblige les divers agents à plus de prudence. La fausse promesse par excellence était bien celle des marchés de dérivés libres et sans contrôle qui prétendent offrir des couvertures pour tout, incitant par là les agents à s’exposer sur les marchés au comptant à n’importe quel risque avec la croyance que celui-ci serait « de toute façon couvert » par l’acquisition du produit dérivé ad hoc. À voir les décapilotades successives que s’offre la finance de marché, il devrait être clair pour tout le monde que cette promesse d’« assurance universelle du risque financier » aura été une illusion de première grandeur.

Proposition 8. Désalimentation : une politique monétaire anti-spéculative

À l’étage supérieur – macroéconomique – de la nouvelle réglementation de la finance, il y a la politique monétaire. Comme on commence à en prendre conscience rétrospectivement – c’est-à-dire un peu tard – la politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine n’aura pas été pour rien dans le gonflement des diverses bulles, et tout spécialement la dernière – Alan Greenspan, avant de tourner casaque pour un peu mieux organiser sa défense, n’a-t-il pas explicitement justifié son action passée en arguant de ce que « le risque valait d’être pris pour réaliser le rêve américain d’une société de propriétaires » ?… Moyennant quoi d’ailleurs des centaines de milliers « d’accédants à la propriété » n’auront « accédé » que le temps d’être jetés à la rue – admirable réussite, vraiment.

Si la spéculation se nourrit de flux de liquidités, dont le crédit représente une bonne part, il est clair que la politique monétaire lâche est une signalée contribution aux bulles financières. A contrario, il suffirait de relever les taux d’intérêt pour priver les marchés d’une part significative de leur carburant… mais au risque, évidemment d’étouffer l’économie réelle en même temps que l’économie spéculative ! On ne sortira pas de ce dilemme qui tient à l’existence d’un seul instrument – le taux d’intérêt – pour une multiplicité d’objectifs contradictoires – l’activité productive d’un côté, la stabilité financière de l’autre – sans… démultiplier les instruments. C’est précisément à cette fin qu’a déjà été avancée la proposition d’une politique monétaire dédoublée, munie d’un taux d’intérêt pour refinancer les banques à hauteur de leurs concours à l’économie réelle, et d’un autre taux d’intérêt pour les refinancer à hauteur de leurs concours à la sphère financière. Ainsi devient possible d’élever le taux d’intérêt « spéculatif » à des niveaux meurtriers, tout en maintenant le taux d’intérêt « productif » à des niveaux maximisant la croissance et l’emploi.

Cette huitième proposition pose à l’évidence le problème de l’indépendance de la banque centrale européenne. Si la régulation de la finance de marché est une affaire hautement politique, et si la banque centrale est un élément important du dispositif, il s’en déduit logiquement que l’action de la banque centrale doit être soumise à une forme de subordination politique autrement plus serrée que le quasi-rien – rapports divers et auditions sans importance – qui lui sert pour l’heure d’alibi. Soit la banque centrale s’exécute d’elle-même et entre pleinement dans le plan d’arraisonnement de la finance, soit il y aura matière à voir là une raison supplémentaire de revenir sur son indépendance.

À statut invariant – invariance qui n’a rien d’un objectif en soi –, notons toutefois que la banque centrale pourrait d’elle-même trouver quelques raisons d’adopter ce dispositif de politique monétaire dédoublée. C’est qu’en effet elle est la toute première victime de la prise d’otage où la jette immédiatement le risque systémique ! Il y a donc dans la logique institutionnelle même de la banque centrale quelque chose qui devrait résister à l’asservissement par la finance privée, puisqu’on ne peut pas qualifier autrement cette sommation impérative de lui venir à la rescousse sauf à provoquer d’immenses dégâts. Si la banque centrale prend au sérieux la mission de la stabilité financière, elle devrait être intéressée au premier chef par le dispositif de la politique monétaire dédoublée qui la sort de son dilemme instrumental autrement insoluble.

Proposition 9. Déconnexion : encadrer les rapports entre la zone européenne financière et les zones non régulées

En application des principes 3 et 4 ci-dessus, il est évident que la parfaite liberté de circulation des capitaux entre la Zone Européenne Financière (ZEF), régulée par définition, et les Zones Non Régulées (ZNR) est immédiatement caduque. Sur quelles bases cependant rétablir de possibles rapports entre ZEF et ZNR ?

Une première solution simple et économe plaiderait pour une base de… non-rapport ! Ceci n’est d’ailleurs que la traduction du principe 4 réaffirmant – en fait constatant – l’autosuffisance de la ZEF. La ZEF n’a aucun besoin d’être inondée de capitaux extérieurs, elle en recèle suffisamment elle-même, ni encore moins que des institutions financières privées aillent chercher l’aventure au dehors, sauf à importer les aberrations de marchés qui resteront le propre des ZNR. En d’autres termes, l’Europe est une zone de chalandise financière suffisamment profonde et diversifiée pour satisfaire les ambitions de la finance privée, telles que le présent schéma les rend raisonnables, c’est-à-dire sensiblement revues à la baisse. La finance privée européenne doit en effet oublier les profits mirobolants des bulles et apprendre à se satisfaire de moins : 50% de rendement des capitaux propres pour la banque de marché, quand la banque de détail n’en dégage « que » 25%, les entreprises du CAC40 entre 15% et 20%, et que les taux d’intérêt qui donnent normalement une mesure de la rémunération du capital sont à 4%, c’est fini ! Il est important d’avoir ces chiffres en tête pour être bien convaincu que les glapissements que la finance privée ne manquera pas de pousser sont moins le fait d’une épouvantable injustice qui lui serait faite que de la fermeture d’un exorbitant et injustifiable privilège de profitabilité. Retour à la normale donc.

On peut toutefois, si on le veut vraiment, songer à des formes de relations financières entre ZEF et ZNR, mais en sachant bien de quoi il y va : la ZEF a pour finalité d’éviter que ne se recréent les dynamiques de marché aberrantes et les formations de risques globaux qui demeureront le lot des ZNR. Si c’est pour que le régime des relations ZEF-ZNR annule tous les effets de la re-réglementation interne à la ZEF, ce n’est pas la peine d’y penser. Il est donc évident que ces relations devront être strictement encadrées et soumises à condition.

Les flux sortants (dans le sens ZEF-ZNR donc) seront contingentés puisqu’il n’est pas question que la finance privée européenne aille contracter aux Etats-Unis les risques qui lui sont interdits – évités – dans la ZEF. Seule une part très minoritaire – 10% ? – de l’accroissement de ses encours risqués (crédits et positions de marché) pourra être engagée en ZNR et parmi eux une fraction obligatoirement en actifs sans risque – les titres de la dette souveraine etatsunienne… pour l’instant.

Les flux entrants (dans le sens ZNR-ZEF) ne seront admis que si les institutions d’où ils sont originaires sont elles-mêmes soumises de fait aux normes européennes, et tout particulièrement au ratio de (dé-)leviérisation tel qu’il pourra être calculé par l’autorité publique européenne de régulation financière à l’aide des données communiquées par le Comité de Bâle et en application des propositions 3 et 4 ci-dessus. En d’autres termes, seuls les acteurs hors-ZEF garantissant par leurs comportements un risque de contrepartie modéré seront admis dans l’espace financier européen. Un contingentement des flux entrants fera vraisemblablement partie du dispositif pour éviter que la restriction de l’alimentation en liquidités de la ZEF du fait de la nouvelle politique monétaire ne soit tournée par des afflux de capitaux en provenance d’une ZNR où la politique monétaire demeure trop accommodante pour la finance.

Il faudrait être spécialement peu perspicace, ou bien malintentionné, pour ne pas voir que ce schéma n’a rien d’un plan achevé. Il n’est pas complet – bon nombre d’autres propositions pourraient lui être ajoutées –, et il reste à travailler sa mise en œuvre détaillée. Mais la matrice est là.

On entend d’ici les cris d’orfraie… Il ne devrait pas y avoir lieu de leur accorder trop d’attention. On le regretterait rétrospectivement tant ceux qui les poussent n’ont pas compris la portée de l’événement et sont simplement en retard sur l’histoire : car cette crise financière est d’une ampleur qui doit produire un changement dans la façon de penser l’organisation internationale de la finance. Les défenseurs de l’ordre ancien n’ont donc pas saisi que celui-ci a failli et qu’il faut en faire surgir un autre. Dans les années trente, ils auraient hurlé au Glass Steagal Act qui a séparé les banques commerciales et les banques d’investissement – une autre excellente idée qu’on pourrait inclure ci-dessus. En fait ils ne pensent jamais que selon l’époque, et sont incapables du moindre effort projectif. De l’époque ils épousent toutes les évidences et tous les impensés. Jusqu’à ce qu’une autre époque détruise les anciennes évidences et en installe d’autres. À ce moment, ils jugent les anciennes évidemment dépassées et les nouvelles évidemment indépassables. On ne va donc pas s’étonner qu’ils se cabrent et poussent de hauts cris puisque le schéma présent leur propose exactement ce que leur esprit est incapable de métaboliser. Et on ne va pas non plus perdre une minute à attendre ni leur bon vouloir ni leur conversion mentale. Car il y a urgence, et eux sont des retardataires.

Voir en ligne : Stop Finance

Les commentaires de Paul Jorion sont et .

Depuis le début du mois, un important article paru dans le numéro de juillet du magazine Rolling Stone fait beaucoup de bruit dans la blogosphère ainsi que dans les médias traditionnels du monde entier. Il expose le rôle de la banque d’affaires Goldman Sachs dans presque toutes les crises financières depuis plus de 80 ans. Il apporte un éclairage cru sur les évènements financiers et économiques passés et contemporains. L’auteur, Matt Taibbi, est un journaliste d’investigation au courage, à mon avis, comparable à celui de Denis Robert. Le sujet est primordial, l’enquête sérieuse, les informations explosives, le ton incisif. Matt Taibbi appelle un chat un chat. L’ensemble est compréhensible par les non-initiés en finance. 

Depuis la parution de cet article, Goldman Sachs a publié ses résultats : ils sont meilleurs que jamais. Et les bonus sont en augmentation. Ces dernières nouvelles sont une parfaite confirmation de l’enquête de Matt Taibbi.

À celles et ceux qui le peuvent, je conseille de lire l’article dans sa version originale, le style y est excellent. Pour les autres, comme il n’existait pas, à ma connaissance, de version française, j’en ai fait une traduction. La voici ci-dessous.

Liens vers la version originale : ici et pour une version scannée de l’article papier, , et pour une version texte après traitement par reconnaissance des caractères (c’est en fait la même version mais quelques mots ont été volontairement changés par l’internaute qui a opéré la reconnaissance de caractères). La version vraiment authentique est bien celle du scan. J’ai pris connaissance de l’article de Matt Taibbi par le site contreinfo.info et j’ai utilisé pour la traduction cette version, mais en corrigeant les différences que j’ai pu détecter.

La grande machine à bulles américaine
Matt Taibbi
Rolling Stone – juillet 2009
Traduit de l’anglais par J.L.

Des actions technologiques au prix élevés de l’essence, Goldman Sachs a fabriqué toutes les manipulations du marché depuis la Grande Dépression – et elle s’apprête à recommencer.

A lire ici sur Agoravox

Une analyse brillante de Paul Jorion, tirée de son blog :

Dans le Manifeste du parti communiste, publié en 1848, Marx et Engels affirment que l’histoire humaine a toujours connu une lutte des classes et s’assimile à elle. La bourgeoisie apparut au Moyen Âge comme la contradiction et la rivale de l’aristocratie qui régna durant le période féodale, elle s’opposa à la puissance de celle-ci et réussit sinon à l’éliminer, du moins à lui ravir le pouvoir. Depuis, la bourgeoisie a, elle aussi, engendré sa propre contradiction sous la forme d’une nouvelle classe : celle du prolétariat, sans accès à la propriété privée et dont la seule richesse consiste en sa capacité à louer sa force de travail. Les temps contemporains sont ceux de la lutte entre ces deux classes : la bourgeoisie et le prolétariat et, de la même manière que la bourgeoisie l’emporta sur l’aristocratie, le prolétariat l’emportera à son tour sur la bourgeoise. La différence cette fois, et elle est essentielle car elle mettra fin à l’histoire en tant que devenir en constant changement, est que le prolétariat, conscient de la nature de l’histoire comme lutte des classes, abolira lui les classes une fois pour toutes.

Engels insiste dans les préfaces qu’il rédigea pour les éditions successives du Manifeste, et plus spécialement encore dans celles qui furent publiées après la mort de Marx le 13 mars 1883 (Engels évoque avec tendresse dans la préface à l’édition allemande de 1883, « la première pousse de gazon » sur la tombe de son ami au cimetière de Highgate à Londres), sur le fait que ce schéma hégélien de l’histoire humaine est dû entièrement à celui-ci, n’ayant émergé en 1845 que de façon tout à fait embryonnaire de sa propre étude consacrée à la production industrielle : The Condition of the Working Class in England in 1844. La proposition selon laquelle « l’histoire entière de l’humanité (depuis la disparition de la société tribale, chez qui la terre est possédée en commun) a été une histoire de luttes de classes, d’affrontements entre les exploiteurs et les exploités, entre les classes au pouvoir et les classes opprimées » (Engels 1888) est attribuée par Engels à Marx entièrement.

Il n’y a là rien de surprenant : des deux, malgré la familiarité du jeune Engels avec celui-ci, l’élève de Hegel le plus consciencieux, c’est bien Marx, qui lit dans l’histoire humaine l’affrontement de la thèse et de l’antithèse qui sont dans un premier temps l’aristocratie et la bourgeoise, et dans un deuxième temps, respectivement cette dernière et le prolétariat. Lequel opérera enfin la synthèse d’une société sans classe, marquant ainsi la fin de l’histoire, car privant celle-ci du moteur qui la constitua : l’affrontement toujours renouvelé de deux classes antagonistes.

Engels, bien que familier lui aussi de l’hégélianisme, n’aurait selon lui pas pu déceler un tel schéma simplificateur dans le déroulement du processus historique. Nul doute que quand il insiste pour attribuer la paternité de la lutte manichéenne des classes à Marx seul il s’agit pour lui d’un hommage sincère à son ami défunt. Le fait demeure que par ces déclarations il apparaît aujourd’hui comme exempt de la simplification hâtive implicite chez Marx, et sans doute exonéré de la responsabilité de ce qui n’évolua pas comme prévu dans la futurologie comprise dans Le Manifeste.

Dans Le Capital, Marx appelle « capitalistes », à la fois, les investisseurs détenteurs de capital et les chefs d’entreprise, et c’est ce qui lui permet d’opposer deux classes seulement dans le processus de la lutte des classes. Faisant cela, il rompt avec la tradition de l’économie politique jusqu’à lui, qui a distingué soigneusement les « rentiers », les « capitalistes » proprement dits car pourvoyeurs de capital, des « entrepreneurs », chefs d’entreprises et des travailleurs. C’est à cette confusion sous un seul titre des rentiers et des entrepreneurs que doivent être attribuées presqu’entièrement les erreurs existant dans les prévisions faites dans Le Manifeste.

Cette confusion n’était pas inéluctable puisque dans les notes disparates de Marx publiées par Engels en 1894 sous le nom de volume III du Capital, Marx distingue très justement en tant qu’« intérêts » et « profit » les parts du surplus obtenus respectivement par les rentiers, les « capitalistes » proprement dit et par les entrepreneurs – quitte pour ceux-ci de partager ce « profit » en salaires des travailleurs et en profit (« résiduaire ») qui leur revient à eux, entrepreneurs. Le fait que le rapport dans lequel cette redistribution du surplus entre rentiers et entrepreneurs n’est pas préétabli et se résout en un taux d’intérêt spécifique que les entrepreneurs devront consentir aux rentiers comme prix de la location du capital, taux constituant la mesure exacte de leur rapport de force, aurait dû attirer l’attention de Marx sur le fait que l’antagonisme entre rentiers et entrepreneurs est premier et que celui qui oppose ensuite entrepreneurs et salariés selon le rapport de force entre eux cette fois, est lui second, et ceci aurait dû le dissuader de recourir au schéma simplificateur des deux classes pour reconnaître les trois qui sont réellement en présence, à savoir rentiers, entrepreneurs et travailleurs, ce dont ses prédécesseurs de l’économie politique étaient eux pleinement conscients.

Le prolétariat changea bien sûr de forme durant la période qui s’étend de 1848 à nos jours. Salariés, les prolétaires cessèrent de travailler essentiellement en usine, et alors que c’était leur condition de salarié seule qui faisait d’eux des prolétaires, ils se convainquirent rapidement que le fait de travailler dans des bureaux faisait d’eux désormais des « bourgeois » plutôt que des prolétaires. Leur aliénation – que Marx avait justement dénoncée – était telle, qu’ils n’y virent que du feu.

Or la lutte des classes se réduisant à l’affrontement de deux classes au lieu de trois, n’aurait lieu que plus de cent-vingt ans plus tard. C’est en effet vers 1975 que McKinsey and Cy., une firme de conseil à l’intention des dirigeants d’entreprise devrait mettre au point la « stock option », un instrument financier visant à aligner une fois pour toutes les intérêts des rentiers et des entrepreneurs. Le plan réussit par-delà leurs rêves les plus fous : la classe des salariés subit dans un premier temps une défaite cinglante, qui devait s’avérer dans un deuxième temps une victoire à la Pyrrhus pour ceux que Marx appelait conjointement les « capitalistes » puisque le système tout entier qui consacrait leur triomphe entreprit de s’effondrer entièrement un peu plus de trente années plus tard, et ceci sans que le nouveau prolétariat, la classe des salariés, ait seulement levé le petit doigt, aliénée entièrement, parfaitement convaincue – en Chine aussi bien qu’en Occident – d’avoir rejoint les rangs de la bourgeoisie et sans avoir même remarqué que tout ce qu’elle prétendait posséder lui était seulement prêté par la banque, à charge pour elle de l’entretenir soigneusement, sous peine de saisie.

NB. Pour mémoire, le titre, c’est une citation : « Ils ont un monde à y gagner. Prolétaires de tous les pays, unissez-vous !  » Marx & Engels, Les deux phrases finales de « Le manifeste communiste » 1848