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  • Bonne lecture !

    “Ce que Sarkozy propose, c’est la haine de l’autre”

    Démographe et historien, Emmanuel Todd, 58 ans, est ingénieur de recherche à l’Institut national d’études démographiques (INED).

    Inspirateur du thème de la fracture sociale, repris par Jacques Chirac lors de sa campagne présidentielle de 1995, il observe depuis longtemps la coupure entre élites et classes populaires. Il livre pour la première fois son analyse du débat sur l’identité nationale. Sans dissimuler sa colère. “Si vous êtes au pouvoir et que vous n’arrivez à rien sur le plan économique, la recherche de boucs émissaires à tout prix devient comme une seconde nature”, estime-t-il.

     Ce que Sarkozy propose, cest la haine de lautre

    Que vous inspire le débat sur l’identité nationale ?

    Je m’en suis tenu à l’écart autant que possible, car ce débat est, à mes yeux, vraiment pervers. Le gouvernement, à l’approche d’une échéance électorale, propose, je dirais même impose, une thématique de la nation contre l’islam. Je suis révulsé comme citoyen. En tant qu’historien, j’observe comment cette thématique de l’identité nationale a été activée par en haut, comme un projet assez cynique.

    Quelle est votre analyse des enjeux de ce débat ?

    Le Front national a commencé à s’incruster dans le monde ouvrier en 1986, à une époque où les élites refusaient de s’intéresser aux problèmes posés par l’intégration des populations immigrées.

    On a alors senti une anxiété qui venait du bas de la société, qui a permis au Front national d’exister jusqu’en 2007. Comme je l’ai souligné dans mon livre, Le Destin des immigrés (Seuil), en 1994, la carte du vote FN était statistiquement déterminée par la présence d’immigrés d’origine maghrébine, qui cristallisaient une anxiété spécifique en raison de problèmes anthropologiques réels, liés à des différences de système de moeurs ou de statut de la femme. Depuis, les tensions se sont apaisées. Tous les sondages d’opinion le montrent : les thématiques de l’immigration, de l’islam sont en chute libre et sont passées largement derrière les inquiétudes économiques.

    La réalité de la France est qu’elle est en train de réussir son processus d’intégration. Les populations d’origine musulmane de France sont globalement les plus laïcisées et les plus intégrées d’Europe, grâce à un taux élevé de mariages mixtes. Pour moi, le signe de cet apaisement est précisément l’effondrement du Front national.

    On estime généralement que c’est la politique conduite par Nicolas Sarkozy qui a fait perdre des voix au Front national…

    Les sarkozystes pensent qu’ils ont récupéré l’électorat du Front national parce qu’ils ont mené cette politique de provocation, parce que Nicolas Sarkozy a mis le feu aux banlieues, et que les appels du pied au FN ont été payants. Mais c’est une erreur d’interprétation. La poussée à droite de 2007, à la suite des émeutes de banlieue de 2005, n’était pas une confrontation sur l’immigration, mais davantage un ressentiment anti-jeunes exprimé par une population qui vieillit. N’oublions pas que Sarkozy est l’élu des vieux.

    Comment qualifiez-vous cette droite ?

    Je n’ose plus dire une droite de gouvernement. Ce n’est plus la droite, ce n’est pas juste la droite… Extrême droite, ultra-droite ? C’est quelque chose d’autre. Je n’ai pas de mot. Je pense de plus en plus que le sarkozysme est une pathologie sociale et relève d’une analyse durkheimienne - en termes d’anomie, de désintégration religieuse, de suicide - autant que d’une analyse marxiste - en termes de classes, avec des concepts de capital-socialisme ou d’émergence oligarchique.

    Le chef de l’Etat a assuré qu’il s’efforçait de ne pas être “sourd aux cris du peuple”. Qu’en pensez-vous ?

    Pour moi, c’est un pur mensonge. Dans sa tribune au Monde, Sarkozy se gargarise du mot “peuple”, il parle du peuple, au peuple. Mais ce qu’il propose aux Français parce qu’il n’arrive pas à résoudre les problèmes économiques du pays, c’est la haine de l’autre.

    La société est très perdue mais je ne pense pas que les gens aient de grands doutes sur leur appartenance à la France. Je suis plutôt optimiste : quand on va vraiment au fond des choses et dans la durée, le tempérament égalitaire des Français fait qu’ils n’en ont rien à foutre des questions de couleur et d’origine ethnique ou religieuse !

    Pourquoi, dans ces conditions, le gouvernement continue-t-il à reprendre à son compte une thématique de l’extrême droite ?

    On est dans le registre de l’habitude. Sarkozy a un comportement et un vocabulaire extrêmement brutaux vis-à-vis des gamins de banlieue ; il les avait utilisés durant la campagne présidentielle tandis qu’il exprimait son hostilité à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne dans un langage codé pour activer le sentiment antimusulman. Il pense que cela pourrait marcher à nouveau.

    Je me demande même si la stratégie de confrontation avec les pays musulmans - comme en Afghanistan ou sur l’Iran - n’est pas pour lui un élément du jeu intérieur. Peut-être que les relations entre les Hauts-de-Seine et la Seine-Saint-Denis, c’est déjà pour lui de la politique extérieure ? On peut se poser la question…

    Si vous êtes au pouvoir et que vous n’arrivez à rien sur le plan économique, la recherche de boucs émissaires à tout prix devient comme une seconde nature. Comme un réflexe conditionné. Mais quand on est confronté à un pouvoir qui active les tensions entre les catégories de citoyens français, on est quand même forcé de penser à la recherche de boucs émissaires telle qu’elle a été pratiquée avant-guerre.

    Quels sont les points de comparaison avec cette période ?

    Un ministre a lui-même - c’est le retour du refoulé, c’est l’inconscient - fait référence au nazisme. (Christian Estrosi, le 26 novembre, a déclaré : “Si, à la veille du second conflit mondial, dans un temps où la crise économique envahissait tout, le peuple allemand avait entrepris d’interroger sur ce qui fonde réellement l’identité allemande, héritière des Lumières, patrie de Goethe et du romantisme, alors peut-être, aurions-nous évité l’atroce et douloureux naufrage de la civilisation européenne.”) En manifestant d’ailleurs une ignorance de l’histoire tout à fait extraordinaire. Car la réalité de l’histoire allemande de l’entre-deux-guerres, c’est que ce n’était pas qu’un débat sur l’identité nationale. La différence était que les nazis étaient vraiment antisémites. Ils y croyaient et ils l’ont montré. La France n’est pas du tout dans ce schéma.

    Il ne faut pas faire de confusion, mais on est quand même contraint de faire des comparaisons avec les extrêmes droites d’avant-guerre. Il y a toutes sortes de comportements qui sont nouveaux mais qui renvoient au passé. L’Etat se mettant à ce point au service du capital, c’est le fascisme. L’anti-intellectualisme, la haine du système d’enseignement, la chasse au nombre de profs, c’est aussi dans l’histoire du fascisme. De même que la capacité à dire tout et son contraire, cette caractéristique du sarkozysme.

    La comparaison avec le fascisme, n’est-ce pas excessif ?

    Il ne s’agit pas du tout de dire que c’est la même chose. Il y a de grandes différences. Mais on est en train d’entrer dans un système social et politique nouveau, qui correspond à une dérive vers la droite du système, dont certains traits rappellent la montée au pouvoir de l’extrême droite en Europe.

    C’est pourtant Nicolas Sarkozy qui a nommé à des postes-clés plusieurs représentantes des filles d’immigrés…

    L’habileté du sarkozysme est de fonctionner sur deux pôles : d’un côté la haine, le ressentiment ; de l’autre la mise en scène d’actes en faveur du culte musulman ou les nominations de Rachida Dati ou de Rama Yade au gouvernement. La réalité, c’est que dans tous les cas la thématique ethnique est utilisée pour faire oublier les thématiques de classe.

    Propos recueillis par Jean-Baptiste de Montvalon et Sylvia Zappi

    Lu dans le Parisien

    Vive émotion dans la petite ville de Floirac en Gironde. Selon les informations du quotidien régional Sud-Ouest, six policiers se sont rendus mardi après-midi devant l’école élémentaire Louis-Aragon pour interpeller deux écoliers, respectivement âgés de dix et six ans. Un déploiement de force de police qui a visiblement choqué la population locale

    «Je suis arrivé avec ma femme à 16 h10 pour chercher nos enfants, il y avait déjà deux voitures de police et six policiers», raconte Gérard. Les fonctionnaires de la police nationale ont choisi d’intervenir au moment de la sortie de l’école pour arrêter ces deux élèves soupçonnés d’avoir volé un vélo. L’établissement, situé dans l’agglomération bordelaise, compte huit classes pour un effectif de 193 élèves provenant pour beaucoup des lotissements voisins.

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    Une affaire édifiante sur la collusion media / politiques, dont la conclusion l’est autant. A lire sur NouvelObs.com :

    Hadopi/licenciement à TF1 : Albanel suspend un de ses collaborateurs à l’origine de la fuite.
    La ministre de la Culture a cependant refusé la démission de cette personne qui avait bien transmis à TF1 le mail anti-Hadopi d’un cadre de la chaîne licencié par la suite.

    Un collaborateur de la ministre de la Culture, qui avait transmis à TF1 un email d’un de ses cadres hostile à la loi Hadopi qui a par la suite été licencié, a été suspendu par Christine Albanel, a-t-on appris dimanche soir 10 mai auprès du ministère. “Dans le cadre des informations demandées par Christine Albanel relatives à l’e-mail de M. Jérôme Bourreau, il est apparu qu’une copie de ce document (…) a bien été transmise à la chaîne TF1 à la fin du mois de février par l’un de ses collaborateurs”, a-t-on indiqué au ministère.

    “Christine Albanel a déploré cet envoi qu’elle considère comme une erreur regrettable. Elle a refusé la démission que lui a remise ce collaborateur et a décidé de le suspendre de ses fonctions présentes pendant une durée d’un mois”, a-t-on précisé, confirmant une information publiée sur Libération.fr.

    Jérôme Bourreau, 31 ans, qui était responsable du pôle innovation web de TF1, avait écrit, en février, à sa députée Françoise de Panafieu (UMP) pour dénoncer le projet de loi Hadopi, actuellement discuté à l’Assemblée.

    Quelques semaines plus tard, il avait été convoqué par un responsable de la chaîne qui lui avait fait alors comprendre qu’il serait sanctionné en raison de son opposition à ce projet. En avril, il avait reçu sa lettre de licenciement. Lors de son entretien avec son employeur, il avait réalisé que le mail qu’il avait envoyé à Françoise de Panafieu avait été transféré au ministère de la Culture qui l’avait ensuite transmis à la direction de TF1.

    Lors de la révélation de cette affaire, jeudi, Christine Albanel avait affirmé “n’avoir jamais contacté la direction de TF1 pour s’immiscer dans la politique de gestion du personnel de la chaîne”. “A ma connaissance rien n’a été transmis” à la direction de TF1, avait-elle ajouté. (nouvelobs.com)

    AFGHANISTAN : Une loi afghane “légalisant le viol”

    Le projet de texte indique qu’”il est de la responsabilité de l’épouse d’être prête à satisfaire sexuellement son mari et de ne pas quitter la maison sans autorisation, sauf en cas de besoin ou de difficulté”. Des députés afghans qui défendent le texte affirment que la femme peut refuser des relations conjugales “sur la base d’excuses légitimes ou logiques ou avec la permission de son mari”.

    Un nouveau progrès pour l’humanité à lire sur NouvelObs.com

    Par Reuters, publié le 02/04/2009

    PARIS - Les violences policières restent trop souvent impunies en France, qui ne s’est pas donné les moyens d’enquêter en toute indépendance pour permettre aux victimes d’obtenir réparation, estime Amnesty International.

    A Lire sur L’express.fr

    canard Des contre-pouvoirs : La Cnil bleu horizon Article de grand intérêt de David Fontaine dans l’excellent Canard enchaîné du mercredi 4 mars 2009.
     

    Sarkozy l’avait promis-juré pendant sa campagne présidentielle de 2007 : il allait “renforcer les moyens de la Cnil pour qu’elle puisse répondre efficacement à ses missions“… C’est chose faite : mais au lieu de crédits sonnants et trébuchants, le “renforcement” en question est surtout doctrinal et consiste à injecter des “moyens” humains dans la stricte ligne gouvernementale, en nommant de nouveaux membres très politisés.

    La Commission nationale de l’informatique et des libertés, créée en 1978, c’est ce poil à gratter citoyen institué pour contrôler les dérives et les délires des fichiers informatiques et de la vidéosurveillance, et garantir en principe à tout un chacun un droit d’accès et de vérification. Malgré des moyens en peau de chagrin, c’est encore la Cnil qui a joué cet été les vigies de la démocratie face au nouveau fichier Edvige, version subrepticement élargie de celui des RG. La commission a obligé le gouvernement à dévoiler son projet de fichier tentaculaire recensant élus, syndicalistes, religieux mais aussi membres d’associations, à raison de leurs comportements et de leurs déplacements…

    Or la Commission proprement dite est composée de 17 membres répartis comme suit : 2 sénateurs, 2 députés et 2 membres du Conseil économique et social ; et aussi 2 conseillers d’Etat, 2 conseillers à la Cour des comptes et 2 magistrats à la Cour de cassation. Et enfin 5 “personnalités qualifiées” issues de la société civile.

    Ce sont justement ces cinq personnalités qualifiées (ou “PQ”, sic !) qui viennent d’être renouvelées en février : résultat, elles sont désormais toutes UMP ou apparentées. Parmi elles, le gouvernement a carrément nommé le sénateur Nouveau Centre Jean-Paul Amoudry. Or si la loi a prévu qu’il y ait quatre parlementaires dans la Commission, ce n’est pas pour que l’on y ajoute un cinquième. Cela pourrait même être un cas de violation du texte, voire de transgression de la séparation des pouvoirs !

    Deux autres “personnalités qualifiées” appartiennent, elles, directement à l’UMP : Claire Daval, avocate qui a figuré sur la liste de Sébastien Huyghe (député UMP du Nord, par ailleurs membre de la Commission) à Lille. Et Dominique Richard, ex-député de Maine-et-Loire et conseiller régional UMP. Enfin les deux derniers de ces cinq nouveaux membres ont appartenu à des cabinets ministériels sous Balladur : la conseillère d’Etat Isabelle Falque-Pierrotin fut dircab’ adjointe de Toubon à la Culture entre 1993 et 1995 ; et Jean-Marie Cotteret, membre renouvelé depuis 2004, fut conseiller de Méhaignerie, garde des Sceaux.

    En ajoutant à ce sympathique “Club des cinq” les trois parlementaires de droite sur les quatre nommés de droit, et en décomptant les deux autres ex-membres de cabinet de droite et un ancien trésorier de l’UDF, cela porte à 11 sur 17 les membres de la Commission d’avance acquis aux positions du gouvernement. Pratique, non ? Mieux, le président de la Cnil depuis 2004, le sénateur du Nord Alex Türk, a composé à sa main la Commission restreinte de 6 membres qui inflige les sanctions. Il y a fait nommer le député UMP déjà évoqué Sébastien Huyghe, qui fut son étudiant à la fac de droit de Lille, ainsi que l’avocate Claire Daval, qui ont figuré tous deux sur la liste aux municipales de Lille…. Autrement dit, deux proches et voisins nordistes sur lesquels Türk a la haute main. Si l’on ajoute Cotteret, également de droite, cela lui fait une majorité absolue dans cette formation restreinte. Verrouillez, cadenassez, il en restera toujours quelque chose.