Lu dans le Parisien

Vive émotion dans la petite ville de Floirac en Gironde. Selon les informations du quotidien régional Sud-Ouest, six policiers se sont rendus mardi après-midi devant l’école élémentaire Louis-Aragon pour interpeller deux écoliers, respectivement âgés de dix et six ans. Un déploiement de force de police qui a visiblement choqué la population locale

«Je suis arrivé avec ma femme à 16 h10 pour chercher nos enfants, il y avait déjà deux voitures de police et six policiers», raconte Gérard. Les fonctionnaires de la police nationale ont choisi d’intervenir au moment de la sortie de l’école pour arrêter ces deux élèves soupçonnés d’avoir volé un vélo. L’établissement, situé dans l’agglomération bordelaise, compte huit classes pour un effectif de 193 élèves provenant pour beaucoup des lotissements voisins.

Lire la suite ici

canard Laide au retour - façon Besson… Article dans l’excellent Canard enchaîné du mercredi 18 mars 2009.

 

Des sans-papiers qui osent rentrer tout seuls chez eux, sans laisser au ministère de l’Immigration le privilège de les expulser? Intolérable ! Heureusement, la police veille. Le 2 mars, sept Marocains qui voyageaient en car ont été arrêtés près de Perpignan, au moment où ils passaient la frontière espa­gnole pour rentrer en fourbes chez eux. Rebelote le 7 mars, avec dix autres travailleurs marocains chopés alors qu’ils filaient en douce … vers le Maroc.

Dans les Pyrénées-Orien­tales, c’est devenu un sport local : « La police attrape les sans papiers qui quittent le ter­ritoire pour gonfler le chiffre des expulsions », explique la Cimade, seule association pré­sente dans les centres de ré­tention.

Attrapés au vol, nos Marocains - qui ne faisaient que passer en France après être partis d’Italie! - ont eu droit à un traitement de choix.

Tirés hors du car manu mi­litari, la plupart n’ont pas pu prendre leurs valises. Et les bagages se sont volatilisés en chemin … « Le chauffeur a pro­posé de convoyer les bagages jusqu’au Maroc, explique sans rire le cabinet du ministre de l’Immigration Eric Besson. Les policiers n’auraient pas dû laisser faire. La règle est que les personnes gardent leurs af­faires avec elles. ”

Cerise sur la valise en carton, les dix Marocains interpellés le 7 mars ont eu droit à une “sale garde à vue”, rapporte la Cimade : fouilles au corps et à nu, insultes, et des policiers qui, dans la soirée, ont mis un film porno à la télé, en poussant le son…

L’enquête ouverte après la plainte de la Cimade ne montre aucun mauvais traitement, affirme le cabinet Besson.

“D’ailleurs, on voit mal des fonctionnaires mettre un film porno avec tous les gens qui passent dans un commissariat.” Puisque c’est impensable, on n’ose y penser.

Depuis, nos Marocains ont rejoint le centre de rétention de Perpignan pour être ex­pulsés… en avion, via Paris. On touche au génie: à vouloir expulser tout ce qui passe, l’Etat se retrouve donc à payer les billets d’avion de sans-pa­piers qui, de leur plein gré, rentraient chez eux en car­ferry ! « Ces Marocains au­raient très bien pu s’arrêter en Espagne », rétorque le minis­tère de l’Immigration. Heu­reusement pour l’Espagne, la France expulse aussi les sans­-papiers des autres…

Ayant assisté à une conférence de Stéphane Hessel, je poste quelques informations sur une de ces consciences du siècle qui nous sont précieuses.

stephane-hessel2-215x300 Stephane HesselStéphane Frédéric Hessel (né à Berlin le 20 octobre 1917) est un diplomate, ambassadeur et ancien résistant français.

Il est le fils d’un père, Franz, membre de la grande bourgeoisie juive polonaise émigrée en Allemagne et ayant fait fortune dans le commerce des grains, partiellement convertie au protestantisme luthérien, et d’une mère, Helen Grund, fille d’un banquier prussien et protestant. Son père, dès son plus jeune âge, se voue aux lettres, aux langues et à l’Antiquité grecque. Sa mère, qui dessine et peint, notamment, est l’héroïne de Jules et Jim, le fameux roman de Henri-Pierre Roché, l’ami de son père (qui sera “illustré” au cinéma par François Truffaut).

Immigré en France en 1925 avec sa mère, bachelier à 15 ans, reçu à l’Ecole Normale supérieure et naturalisé français en 1937, mobilisé en 1939 à Saint-Maixent, avec trois promotions de normaliens. prisonnier évadé en 1940, il rejoint le général De Gaulle à Londres en mai 1941.

Engagé dans les Forces aériennes françaises libres il obtient, en mars 1942, la qualification d’air observer (navigateur sur bombardier) mais c’est dans le Bureau de contre-espionnage, de renseignement et d’action (BCRA), section R, chargé d’informer l’état-major britannique, qu’il entre. En mars 1944 il est envoyé en France pour une mission de cents jours (la mission Greco). Le 10 juillet 1944 il est arrêté par la Gestapo et envoyé à Buchenwald en août où, en novembre, il bénéficie d’un complot qui lui permet d’être chef comptable au camp de Rottleberode. En janvier 1945 sa tentative d’évasion ayant échouée il est envoyé à Dora, le camp où sont fabriqués les V-1 et V-2. Le 4 avril il s’évade et rejoint les américains. Il est à Paris le 8 mai 1945.

Admis, en novembre 1945, au concours des Affaires Etrangères, Stéphane Hessel fait toute sa carrière, jusqu’en 1985, dans la diplomatie, tout en étant, sous la IVème République l’un des proches collaborateurs de Pierre Mendes-France, connu à Londres en 1943, et admiré.

Après la guerre, il devient ambassadeur de France à l’ONU, puis occupe divers postes de diplomate à Saïgon, Alger, Genève et New York et se consacre inlassablement à la défense des droits de l’Homme.

En 1948, Stéphane Hessel participe à la rédaction de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme (que vous pouvez lire et relire ici) aux côtés entre autres de René Cassin, en sa qualité de chef de cabinet de Henri Laugier, secrétaire général adjoint de l’ONU et secrétaire de la Commission des droits de l’Homme. Il a été membre du cabinet Pierre-Mendès France.

Souvent interrogé sur son parcours personnel et sur les raisons qui l’ont poussé, après 1945, à s’engager dans la carrière diplomatique, l’ambassadeur Hessel atteste que l’expérience de la déportation a été décisive. C’est en effet dans les camps qu’il a rencontré des opposants européens au nazisme issus de différentes nationalités européennes et qu’il a compris que ces forces européennes devaient s’unir à l’avenir pour prévenir de telles catastrophes.

En 1962, il crée l’AFTAM (Association de formation des travailleurs africains et malgaches) dont il devient président. En 2008, l’AFTAM compte 22 000 lits d’hébergement.

Cet européen convaincu est le vice-président du Collégium international éthique, politique et scientifique

Stéphane Hessel demeure à l’âge de quatre-vingt-onze ans, ambassadeur de France. Sur proposition de Bernard Kouchner, Stéphane Hessel a accepté d’être le grand témoin des célébrations du 60ème anniversaire de la Déclaration universelle des droits de l’Homme.

Il décrit son parcours dans son dernier livre Citoyen sans frontières (Fayard).

Vous pouvez le lire sur le site de La Vie, de la Ligue des droits de l’homme ou de Ressources pour la paix.

Je termine enfin par quelques interviews passionnantes.

A l’occasion des 60 ans de la déclaration universelle des droits de l’homme, vous trouverez ici une longue interview de Robert Badinter au Nouvel Observateur.

Je retiens pour ma part ce paragraphe :

badinter Quelle "Patrie des droits de lhomme" ? N. O. - Et la France, est-elle un modèle en Europe ?

R. Badinter. - Non. On assiste à un rétrécissement du champ des libertés publiques qu’il s’agisse des fichiers, des pouvoirs d’enquête, de l’extension de la garde à vue, des multiples formes de surveillance et de contrôle.

Mais le plus préoccupant est la surpopulation dans les prisons françaises qui demeure «l’humiliation de la République», comme le disait un rapport parlementaire. C’est un problème national grave. Tout ce qui échappe au regard - les prisons, les centres de rétention, les dépôts, les locaux de garde à vue, en partie les hôpitaux psychiatriques - ne mobilise pas l’attention des citoyens. Alors qu’on va célébrer la «Déclaration universelle des droits de l’homme», il faudrait relire les passages concernant la dignité humaine.

Les présidents successifs de la République aiment à rappeler que la France est la patrie des droits de l’homme. La vérité historique est que la France est la patrie de la «Déclaration des droits de l’homme», ce qui n’est pas la même chose !

A nous de faire en sorte que la réalité soit conforme à la «Déclaration» !