Crise : Sortir du cercle vicieux, par Wolfgang Münchau - 30 mars 2009

« Je suis plus inquiet aujourd’hui que je ne l’étais il y a un mois. Le principal problème, ce sont ces boucles de rétroaction entre l’économie réelle et le secteur bancaire, qui sont vraiment effrayantes, » s’alarme Wolfgang Münchau, éditorialiste au Financial Times, qui prévoit que la crise, en frappant de plein fouet l’économie réelle, va provoquer une recrudescence de défaillance de ménage et d’entreprises, fragilisant encore plus des banques qui n’ont pas encore fini de restaurer leurs fonds propres après la première saignée de dépréciation des actifs toxiques. Ni le plan Geithner, ni les mesures d’urgence prises en Europe ne prennent en compte cette deuxième vague, avertit-il, avant de conclure que les européens, qui ont déjà commis de « nombreuses erreurs d’appréciations » devront mettre en oeuvre un nouveau plan, tout comme les USA.

A Lire sur Contreinfo

OCDE : la plus grave récession de mémoire d’homme - 1er avril 2009

Les graphiques établis par l’OCDE pour faire le point sur la situation à l’approche du G20 permettent de juger rapidement de l’ampleur exceptionnelle d’une récession à l’échelle mondiale que les analystes de l’organisation décrivent comme « la plus profonde et la plus synchronisée de mémoire d’homme ». Activité économique, production industrielle, commerce international, crédit, secteur immobilier, chômage, déficits budgétaires, tous les indicateurs sont - ou vont - passer au rouge. Cette crise est déjà plus forte que celles qui avaient suivi les deux chocs pétroliers, et l’OCDE prévoit qu’elle devrait s’aggraver encore durant l’année, provoquant une contraction de l’activité comprise en 4 et 7% sur l’ensemble des pays appartenant à l’organisation. Une grande incertitude continue de régner, jugent les analystes, car les prévisions publiées dépendent de la réussite de l’assainissement du secteur financier avant la fin de l’année. Mais comme le notait Munchau, l’OCDE s’inquiète que le ralentissement ne détériore encore la solvabilité des établissements et elle précise que ses prévisions pourraient également être remises en cause par une crise monétaire ou une crise bancaire touchant les pays européens de l’est ou les pays émergents. Nous avons sélectionné les principaux indicateurs publiés par l’OCDE.

A lire sur ContreInfo

Et sur le G20, la vision de Jacques Attali, sur son blog : Un dernier verre, pour la route - le 2 avril 2009

Par Dean Baker sur ContreInfo :
crise-3 Une nation sans industrie ?Poussée jusqu’à sa conclusion, la logique de mise en concurrence des salaires délocalisables - c’est à dire pour le moment ceux de l’industrie, mais également de plus en plus une partie des emplois de service - est absurde et intenable. Intenable, parce que la disparition progressive de la production industrielle se traduit forcément par l’importation des biens qui ne sont plus fabriqués. En dehors du cas - peu probable, convenons-en - d’une livraison à titre gracieux, la question devient alors : comment financer ces importations ? Pour y parvenir, cela nécessiterait un accroissement du volume et des prix des services exportés à un niveau qui semble parfaitement irréalisable. Absurde, parce que ce « modèle » économique aurait pour résultat à terme de n’offrir au plus grand nombre que des emplois de services sous-qualifiés et sous-payés, alors même que l’exigence de qualification croît sans cesse. Voilà résumé en quelques mots l’argument que développe ici l’économiste Dean Baker, co-directeur du Center for Economic and Policy Research.

Pourrions-nous nous inspirer de cette analyse et en tirer la conclusion qu’il faille redévelopper la production industrielle ? Mais, direz-vous sans doute, quid de la pression internationale ? A partir du moment où la concurrence au moins disant salarial s’est installée comme règle communément admise, nulle nation ne peut s’en affranchir, sauf à risquer de voir rapidement son niveau de prix compromettre la compétitivité de ses produits. C’est bien le coeur du problème. Le jour où la « création de valeur » s’est substituée à la création de richesse s’est enclenchée une mécanique infernale dont nous subissons les désastreuses conséquences. Au sein d’une société, la redistribution des richesses produites s’effectue de deux façons. A travers l’échange marchand, bien sûr, mais aussi et de façon moins comprise, à travers des mécanismes redistributifs internes aux organisations. Un exemple évident de cette fonction redistributrice est - était ? - donné par les services publics, dont les mécanismes de péréquation assuraient à tous l’accès à des services pour un prix souvent inférieur au coût unitaire réel de la prestation. Mais le même type de répartition interne aux organisations existait aussi dans les entreprises privées. Par exemple, l’agent de service à la cantine de Renault pouvait bénéficier d’un salaire décent en raison des bénéfices réalisés sur l’ensemble de l’activité. Avec l’instauration du règne de l’actionnaire, cette logique de solidarité collective des organisations a volé en éclat. La recherche à tout prix de la maximisation de la valeur ajoutée a entraîné une décomposition des coûts et une segmentation en centres de profits, avec pour conséquence immédiate l’externalisation dans un premier temps, puis de plus en plus, la délocalisation des activités les moins rentables. Résultat ? Un appauvrissement des sociétés. Prenons l’exemple des services publics. La concurrence sur les secteurs les plus rentables casse le mécanisme redistributif et contraint les « opérateurs historiques » à abandonner les activités insuffisamment rentables, à défaut d’une subvention de l’Etat. Dans le privé, le résultat est le même. Au lieu de la redistribution implicite intérieure à l’entreprise, on a désormais une captation de la part du lion de la valeur ajoutée par l’actionnariat mondialisé, et un appauvrissement relatif des salariés de l’entreprise et de la sous traitance. Aux uns la substantifique moelle, aux autres les miettes, avec pour résultat agrégé un appauvrissement de la société, le capital étant « stocké » dans des actifs inflatés. Avant que les recettes keynesiennes ne fassent un retour en force sur le devant de la scène pour cause de catastrophe mondiale, les économistes - et très récemment encore le gouvernement, pour refuser la relance par la demande - les déclaraient mortes, en raison des « fuites ». Augmenter les salaires n’aurait servi à rien, disaient-ils, sauf à enrichir les pays exportateurs. Mais qu’est -ce donc que le mécanisme que nous venons de décrire si ce n’est une forme de fuite, justement ? Fuite vers l’actionnariat, au détriment de la richesse produite et partagée par une nation, en raison du chantage perpétuel au désinvestissement - au retrait des capitaux - auxquel nous avons accepté de nous soumettre. Ce capital délocalisé, libre de nuire et d’exercer son incessante pression, a appauvri les sociétés. C’est bien là que l’on a assisté à un « toujours plus » véritablement odieux, et bien peu dénoncé par les émules de De Closet, soit dit en passant. Ce qui était hier impossible, sortir en cavalier seul de ce jeu délétère, pour cause de sanction immédiate des marchés, le deviendra-t-il aujourd’hui ? En raison de son poids dans l’économie mondiale, l’Europe aurait été en mesure d’instituer ses propres règles et de protéger ses citoyens. Las, les traités fondateurs ont incorporé les tables de la loi du Consensus de Washington, et leur très sourcilleuse gardienne, la commissaire à la concurrence Neelie Kroes veille au respect du dogme. Pourtant, l’ampleur des bouleversements et des remises en cause auxquels nous assistons permet d’espérer. Encore faut-il dégager une voie alternative. C’est ce à quoi nous tentons de contribuer.

Contre Info

Une nation sans industrie ? Par Dean Baker, Dissent Magazine, 11 mars 2009

J’ai souvent pensé que les économistes devraient être tenus d’avoir une meilleure familiarité avec la simple arithmétique. Cela leur permettrait d’éviter de proférer de nombreuses bêtises qui passent pour du bon sens, telle par exemple l’idée que les États-Unis ne seront plus un pays d’industries dans le futur.

Ceux qui pratiquent l’arithmétique peuvent rapidement déceler l’absurdité de cette affirmation, qui implique bien évidemment que les États-Unis importeraient la quasi-totalité des produits manufacturés. Le problème est que, à moins de trouver des pays qui acceptent de nous livrer gratuitement leurs biens manufacturés, nous devons trouver quelque mécanisme permettant de régler nos importations.

Les partisans de la thèse de la fin de l’industrie affirment que nous y parviendrons grâce à l’exportation de services. C’est là que le calcul devient fort utile. Le volume des échanges de marchandises des États-Unis est d’environ trois fois et demie le volume de ses échanges de services. Si le déficit dans les échanges de produits devait continuer à croitre, nous aurions besoin d’un incroyable taux de croissance à la fois sur le volume et l’excédent dégagé par l’exportation des services afin de parvenir à équilibrer à peu près notre balance commerciale.

A titre d’exemple, si nous perdons la moitié de la production industrielle au cours des vingt prochaines années, et que l’importation de services continue à croître au même rythme que durant la décennie écoulée, nous devrions alors augmenter les exportations de services à un taux annuel moyen de près de 15% au cours des deux prochaines décennies si nous voulions atteindre l’équilibre de la balance commerciale en 2028.

Un taux de croissance annuel des exportations de services de 15% est environ le double de celui que nous avons connu au cours de la dernière décennie. Il faudrait être vraiment très créatif pour parvenir à expliquer comment on peut anticiper un doublement du taux de croissance des exportations de services sur une base durable.

Et cette idée devient encore plus invraisemblable lorsque l’on se livre à un examen plus approfondi des services que nous exportons. Le secteur le plus important est celui du tourisme, c’est à dire l’argent que dépensent les visiteurs étrangers aux États-Unis. Ce poste représente à lui seul près de 20% de nos exportations de services.

Il n’y a rien à reprocher au secteur d’activité du tourisme. Toutefois, l’idée que les travailleurs américains soient en quelque sorte trop instruits pour occuper des emplois de production industrielle, mais devraient à la place faire les lits, servir les tables, et nettoyer des toilettes pour les touristes étrangers, est quelque peu risible. Bien sûr, avec des institutions adaptées (par exemple des syndicats forts), ces emplois pourraient être bien rémunérés, mais il n’est visiblement pas évident qu’ils ne requièrent plus de compétences que ceux de l’industrie manufacturière.

La catégorie « autres transports » représente 10% des exportations de services. Ce poste comptabilise les frais pour le transport de marchandises et de services portuaires que les importateurs payent quand ils apportent leurs produits aux États-Unis. Ce service augmente lorsque nos importations en hausse. En fait, il correspond à de l’argent pris dans la poche des consommateurs, car ce coût est inclus dans le prix des marchandises importées.

Les redevances et droits de licence comptent pour 17% dans nos exportations de services. Il s’agit des redevances que nous obtenons des pays qui doivent les incorporer à leurs prix en raison du droit d’auteur et de la protection brevets. Il pourrait devenir de plus en plus difficile de percevoir ces redevances alors que l’extension d’Internet permet de copier et d’échanger instantanément et pour un coût nul de plus en plus plus de films, de logiciels et de musique. Il n’est pas évident que le reste du monde soit prêt à utiliser des techniques policières afin d’encaisser des recettes pour Microsoft et Disney. Dans cette équation, le sort des brevets sur les médicaments est encore plus douteux. Les pays en développement n’ont aucune envie de voir mourir leur population afin que Pfizer et Merck puissent collecter les importants bénéfices de leurs brevets sur les médicaments. Cette composante des exportations de services est donc susceptible de subir une pression considérable dans les années à venir.

Une autre grande catégorie d’exportations de services est celle des services financiers. Ce secteur a représenté environ 10% des exportations de services au cours des dernières années. Il est douteux que cette part puisse être maintenue dans les années à venir. Wall Street était réputée être l’étalon-or du monde de l’industrie financière, offrant les meilleurs services et les normes professionnelles les plus élevées. À la suite des scandales qui ont été révélés cette année, Wall Street a perdu son standing pour le reste du monde. Après tout, les investisseurs n’ont nul besoin de se rendre à New York et de confier leur argent à Bernie Madoff ou à Robert Rubin pour se faire dépouiller : à peu près partout dans le monde on peut faire aussi bien. L’administration Obama sera peut-être en mesure de mettre en œuvre les réformes du secteur financier qui rétabliraient sa réputation d’intégrité aux yeux des investisseurs étrangers, mais cela nécessitera d’y travailler sérieusement.

Enfin, il y a la catégorie des services commerciaux et aux entreprises, qui représente environ 20% des exportations de services. C’est le domaine des hautes technologies et des services hauts de gamme. Il inclut l’informatique et l’activité de conseil en gestion.

La croissance rapide de ce secteur créerait plus d’emplois très qualifiés aux États-Unis, mais l’idée qu’il pourrait finalement se développer suffisamment pour soutenir un pays privée d’industrie est en elle-même absurde. Tout d’abord, même si ce secteur représente une part importante des exportations de services, il est seulement égal à environ 0,8% du PIB. Même s’il quadruplait au cours des deux prochaines décennies, il serait loin de pouvoir couvrir le déficit commercial actuel, sans même parler de l’augmentation du déficit que provoquerait la perte d’encore plus d’activités industrielles.

Plus encore, il est invraisemblable de croire que les États-Unis seront en mesure de dominer ce secteur dans les décennies à venir. Ils disposent certainement d’une longueur d’avance dans les technologies informatiques sophistiquées et sur certaines techniques de management, mais on peut se demander combien de temps cet avantage pourra être maintenu. Il existe déjà beaucoup d’entreprises de services informatiques de classe internationale en Inde et ailleurs dans les pays en développement, et ce nombre augmente rapidement.

Les ingénieurs en informatique et en logiciel dans ces pays sont tout aussi qualifiés que leurs homologues américains, et sont souvent prêts à travailler pour moins d’un dixième du salaire des États-Unis. En outre, contrairement aux voitures et à l’acier, dont le transport sur de longues distance est très onéreux, la livraison de ces logiciels dans le monde entier ne coûte rien. Compte tenu des règles économiques de base, il semble qu’il y ait fort à parier que les Etats-Unis perdent leur part dans ce secteur de l’économie mondiale. Dans vingt ans, il est très probable que les États-Unis seront un importateur net de cette catégorie de service, à moins bien sûr que les salaires dans les États-Unis ne s’adaptent aux niveaux mondiaux.

En résumé, l’idée que les États-Unis puissent survivre sans industrie est invraisemblable : elle impliquerait un taux de croissance fantastiquement rapide des exportations de services pour lesquels il n’existe aucun précédent historique. De nombreux économistes et experts ont affirmé que le prix de l’immobilier pourrait toujours continuer à monter, en dépit de l’absurdité flagrante de cette position. L’affirmation selon laquelle l’économie américaine peut se maintenir sans un important secteur industriel est également une proposition absurde.

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Publication originale Dissent Voice, traduction Contre Info

Article de Paul Jorion, paru sur ContreInfo le 19 mars 2009

fed Le 18 mars 2009 : fin du capitalismePour comprendre de quoi il s’agit, un petit rappel des faits peut s’avérer nécessaire. Collectivement, les autorités politiques et monétaires du monde entier sont confrontées à une double difficulté. La première, c’est d’accompagner la liquidation en bon ordre - autant que faire se peut - de la masse de créances aujourd’hui douteuses ou sans valeur qui s’est accumulée durant la phase de gonflement de la bulle du crédit, entre 2000 et 2007, à hauteur de « quelques » milliers de milliards de dollars. La seconde, c’est de relancer une activité économique menacée par la prolongation de la très dangereuse chute libre depuis deux mois de la production industrielle et du commerce international. Le sauvetage de la finance a déjà nécessité l’engagement sous forme de garanties, de facilité de crédit ou de recapitalisations de plusieurs centaines de milliards, auxquels viennent s’ajouter le coût des plans de relance - dont les Etats ne disposent évidemment pas, et qu’ils doivent financer par la dette. Pour ce qui est de la lutte contre le ralentissement de l’activité, en temps normal la réponse consisterait, outre les plans de relance, en une baisse des taux directeurs. La « règle de taylor », utilisée par les banquiers centraux, permet de calculer de combien de points ceux-ci doivent baisser, en fonction de ce que dans le jargon on appelle « l’output gap », c’est à dire la différence entre la capacité de production de l’économie et de son activité réelle. Aux USA, l’application de cette règle impliquerait une baisse des taux supérieure à 5%… Problème, ceux-ci avoisinent déjà le zéro pourcent - à l’exception notable de la BCE. Et les taux négatifs, comme les fourmis de 18 mètres, ça n’existe pas. Si la relance par les taux - c’est à dire le crédit - ne fonctionne pas, comment irriguer l’économie pour la faire redémarrer ? Tout simplement - si l’on ose dire - en distribuant de l’argent. Nous allons donc voir décoller les fameux « hélicoptères ».. Le gouvernement japonais en a déjà décidé ainsi, et devrait allouer 150 dollars à chaque citoyen. Mais la méthode la plus couramment utilisée consiste à racheter des créances, avec de l’argent créé pour l’occasion. Et c’est là qu’intervient la monétisation. Puisque les Etats doivent s’endetter, c’est à dire émettre des bons du Trésor, et que les banques centrales doivent injecter de l’argent dans l’économie, marions les ! La Fed, comme la Banque d’Angleterre et celle du Japon, va donc acheter des bons du Trésor de son gouvernement avec de l’argent qui n’existe pas, et les « apparences » seront sauves. Le sont-elles vraiment ? La réponse, évidemment, est non. Cet apport de papier monnaie équivaut à une dévaluation de fait, qui ne peut dans l’immédiat être tolérée que parce que tous les Etats étant dans la même situation calamiteuse et devant recourir aux mêmes expédients, personne ne peut s’en offusquer. Personne vraiment ? Si, en l’occurrence tous les pays échaudés par l’exemple de la crise asiatique et qui ont accumulé des réserves de change en dollars, au premier rang desquels la Chine - quoique pour des raisons différentes - vont voir leur trésor de guerre s’évaporer. Le 18 mars 2009 n’est peut être pas la date de décès du capitalisme, mais il frappe les trois coups ouvrant le deuxième acte de cette crise. Celui de la crédibilité des devises, à commencer par le dollar.

ContreInfo

Le 18 mars 2009 : fin du capitalisme par Paul Jorion, 19 mars 2009
Ce texte est un « article presslib’ » (*)

La date d’aujourd’hui, le 18 mars 2009, sera retenue par l’histoire, tout comme celle du 29 mai 1453 le fut pour la chute de Constantinople ou celle du 9 novembre 1989 pour la chute du mur de Berlin, comme celle qui signa la fin du capitalisme.

Aujourd’hui en effet, la Federal Reserve Bank, la banque centrale américaine, a annoncé son intention de racheter des Bons du Trésor (dette à long terme des États-Unis) en quantités considérables (pour un volant de 300 milliards de dollars), son budget atteignant désormais le chiffre impressionnant de 1 150 milliards de dollars. Pareil au serpent ouroboros dévorant sa propre queue, les États-Unis avaleront donc désormais leur propre dette, un processus désigné par l’euphémisme sympathique de « quantitative easing ». Pareille à celui qui tenterait de voler en se soulevant par les pieds, la nation américaine met fin au mythe qui voudrait que l’argent représente de la richesse : dorénavant la devise américaine représentera uniquement le prix du papier et de l’encre nécessaire pour imprimer de nouveaux billets. Elle se coupe aussi, incidemment, de la communauté internationale, mais baste !

Le dollar cessa de valoir de l’or quand, en 1971, le président Nixon mit fin à la parité du dollar avec ce métal. En 2009, le président Obama, en permettant à la Fed d’imprimer autant de dollars qu’elle le jugera bon, a mis fin à la parité du dollar avec quoi que ce soit, faisant de l’arrogance de la nation américaine la seule mesure restante de la valeur de sa devise. « Your Mamma still loves you ! » : le gosse, tout faraud, présente son premier spectacle et sa mère qui n’a pas voulu que son amour-propre courre le moindre risque a acheté tous les tickets !

Si la Chine attendait un signal pour se débarrasser de ses dollars, le voici ! Un article très intéressant dans l’Asia Times d’aujourd’hui, signé par Joseph Stroupe, explique comment la Chine, tentant de se délester en douce de ses dollars, les transfère discrètement à des fonds qui achètent des ressources minières et pétrolières. Stroupe, faisant reposer ses analyses sur des chiffres rassemblés par Rachel Ziemba, une collaboratrice de Nouriel Roubini, calcule que la Chine pourrait atteindre son objectif de réduction massive de son exposition au cours du dollar en un an environ. Nul doute que l’on ne dormira pas beaucoup cette nuit à Pékin et à Shanghai, tout occupé que l’on sera à acheter fébrilement des mines et des puits pétroliers aux quatre coins du monde !

Ah oui, j’oubliais, la bourse de New York, considérant qu’il s’agissait d’une bonne nouvelle, a clôturé en hausse.

Paul Jorion, sociologue et anthropologue, a travaillé durant les dix dernières années dans le milieu bancaire américain en tant que spécialiste de la formation des prix. Il a publié récemment La crise. Des subprimes au séisme financier planétaire L’implosion. La finance contre l’économie (Fayard : 2008) et Vers la crise du capitalisme américain ? (La Découverte : 2007).

* Un « article presslib’ » est libre de reproduction en tout ou en partie à condition que le présent alinéa soit reproduit à sa suite. Paul Jorion est un « journaliste presslib’ » qui vit exclusivement de ses droits d’auteurs et de vos contributions. Il pourra continuer d’écrire comme il le fait aujourd’hui tant que vous l’y aiderez. Votre soutien peut s’exprimer ici.

Lu sur lapressedesaffaires, à propos de cette banque qui a simplement fait faillite :

La banque d’affaires américaine Merrill Lynch a versé au total quelque 209 millions de dollars US à ses 10 dirigeants les mieux payés en 2008, alors que l’établissement a essuyé 27,6 milliards de pertes sur l’année, affirme mercredi le Wall Street Journal (WSJ).

Onze dirigeants de la banque ont touché chacun plus de 10 millions de dollars comptant et en actions, et 149 autres ont reçu plus de 3 millions, précise le quotidien financier, citant des sources proches du dossier.Le patron de la banque d’affaire du groupe, Andrea Orcel, a ainsi reçu 33,8 millions sur l’année, ajoute le journal, qui souligne que la majeure partie de ces rémunérations est constituée de bonis, les salaires des dirigeants étant «généralement compris entre 200 000 et 750 000 $».

Le chef des ventes mondiales de la banque, Thomas Montag, a quant à lui reçu 39,4 millions «alors qu’il n’a commencé à travailler (chez Merrill) qu’en août» et «qu’il avait déjà reçu 50 millions en actions pour compenser son départ de son ancien employeur Goldman Sachs (GS)», observe le WSJ.

«Plusieurs dirigeants de Merrill, dont son PDG John Thain, ont renoncé à leur bonus en 2008. Mais plusieurs courtiers et banquiers d’investissement n’ont subi que de légères réductions de salaires alors que leurs activités enregistraient des pertes colossales», explique le WSJ.

Les rémunérations au sein de la banque d’affaires font déjà l’objet d’une procédure judiciaire, après la révélation d’un versement par Merrill Lynch de 3,6 milliards de primes à ses employés juste avant son rachat par sa concurrente Bank of America le premier janvier.

Bank of America, suite à son acquisition, s’était vue accorder par le Trésor américain une injection de 20 milliards.

Le 11 février, le ministre de la Justice de l’État de New York, Andrew Cuomo avait révélé sans les nommer que quatre responsables de Merrill Lynch s’étaient partagé 121 millions de primes et que 14 personnes avaient touché 10 millions ou plus.

robin 209 millions pour 10 dirigeants de Merrill Lynch en 2008
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Lu sur NOUVELOBS.COM

L’assureur américain reconnait que le versement est “de mauvais goût” mais se justifie en faisant valoir une obligation légale. Les pouvoirs publics américains ont dû mobiliser plus de 170 milliards de dollars pour éviter une faillite du groupe.

L’assureur américain AIG va verser cette année 450 millions de dollars de primes aux responsables de ses activités financières, ceux-là même qui furent à l’origine de ses pertes historiques de 99,3 milliards de dollars l’an dernier, affirme dimanche 15 mars le Wall Street Journal, amplifiant les informations de plusieurs autres médias.
Ces bonus sont destinés aux cadres de la filiale londonienne AIG Financial Products, qui ont provoqué la chute, puis la nationalisation de l’ancien numéro un mondial de l’assurance, en ayant souscrit des contrats protégeant les investisseurs contre le risque de non-remboursement d’investissements à risque.

Le secrétaire au Trésor Timothy Geithner a écrit au président d’AIG Edward Liddy, nommé par le gouvernement en septembre après la quasi-faillite du groupe, pour se plaindre de cette situation, ajoute le journal.

Edward Liddy, tout en reconnaissant que le versement de ces primes était “de mauvais goût et difficile à recommander”, a souligné qu’il lui fallait aller de l’avant pour des raisons légales. L’intervention ministérielle a toutefois permis de réduire le montant des primes qui seront versées cette année.

Certains des bonus versés ne dépassent pas 1.000 dollars mais sept responsables d’AIG Financial Product devraient recevoir plus de 3 millions de dollars de primes, selon le New York Times.

Au total, en comptant les primes versées aux cadres des autres activités du groupe (en général, elles, rentables) au titre de 2008 et 2009, AIG devrait débourser cette année 1,2 milliard de dollars de rémunérations variables.

Les pouvoirs publics ont dû mobiliser plus de 170 milliards de dollars pour éviter une faillite du groupe, qui aurait pu avoir des répercussions en cascade sur l’ensemble de la finance mondiale.

aig AIG paie 450 millions de primes aux responsables de sa chute
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La suite lue sur Lapressedesaffaires

(Los Angeles) Après des mois de nouvelles économiques désastreuses, les Américains en ont finalement eu ras le bol. Une centaine de manifestations sont prévues aujourd’hui dans 30 États américains. Les cibles de ce soulèvement populaire les bureaux d’AIG, Bank of America, et Citigroup, les géants financiers maintenus en vie grâce aux fonds publics.

Depuis lundi, des gardes armés sont postés à l’entrée du siège social d’AIG, au Connecticut. Des employés ont rapporté avoir reçu des menaces de mort, et des milliers de lettres, de courriels, et d’appels téléphoniques de citoyens en colère ont été envoyés. Certains employés sont carrément restés chez eux cette semaine.

«Il y a une vague de rage qui balaie l’Amérique actuellement», a dit le représentant démocrate de New York, Gary Ackerman.

Ce sont les primes qui ont mis le feu aux poudres. 165 millions remis il y a quelques jours aux dirigeants d’AIG, ceux-là même qui ont saccagé les finances et la réputation de l’assureur et forcé les contribuables à payer des dizaines de milliards pour le maintenir en vie.

Soixante-treize hauts placés d’AIG ont touché des primes supérieures à plus d’un million de dollars vendredi dernier.

La rage populaire a atteint son point culminant, hier, durant le passage du président d’AIG, Edward Liddy, devant le Congrès.

M.Liddy, qui a pris le contrôle d’AIG en septembre quand le gouvernement a entrepris de sauver l’assureur, a dit avoir demandé aux employés de rembourser «au moins la moitié des primes qui sont supérieures à 100000$.»

Le Congrès américain et le procureur en chef de l’État de New York, Andrew Cuomo, cherchent à obtenir la liste des récipiendaires des primes. Ce que refus le patron d’AIG, invoquant des raisons de sécurité.

Ces primes étaient destinées à «retenir» les meilleurs gestionnaires d’AIG. Un argument qui a été invalidé quand AIG a révélé, mardi, que plusieurs récipiendaires des primes ne sont plus à l’emploi de la compagnie.

Aujourd’hui, plusieurs groupes syndicaux, religieux et civiques organisent des manifestations dans une centaine de villes aux États-Unis. Ils veulent dénoncer «l’avarice des dirigeants des banques et réclamer davantage d’investissements dans les soins de santé et la protection des travailleurs». Les organisateurs attendent quelque 10 000 participants.

Un sondage de la firme Gallup montre que 76% des Américains veulent que les primes soient remboursées, alors que 17% estiment qu’elles sont méritées. Quelque 59% des répondants ont dit être «scandalisés» par cette affaire.

De plus en plus, la colère à l’endroit d’AIG est dirigée contre l’administration Obama. Les contribuables ne comprennent pas pourquoi son administration est incapable d’imposer sa marque sur AIG, qui est à 80% propriété du gouvernement fédéral.

Le président Obama a jusqu’ici réussi à trouver l’appui populaire pour ses politiques d’investissements massifs, mais la grogne menace de compliquer son rôle d’ « investisseur en chef ».

Le président Obama a d’ailleurs dû voler au secours de son secrétaire du Trésor, Timothy Geithner, vu par certains comme étant trop complaisant envers l’industrie financière dans laquelle il a fait carrière avant de devenir ministre des Finances.

«Timothy Geithner travaille extrêmement fort pour améliorer le sort de l’économie, a dit le président, hier. Il doit composer avec la situation qui nous affecte tous. Jusqu’ici, il a pris les bonnes décisions.»

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Et finalement

L’assureur américain AIG a versé cette année 218 millions de dollars de primes aux responsables de ses activités financières, malgré ses pertes historiques l’an dernier, soit 53 millions de plus qu’annoncé, affirme samedi un journal local américain.

AIG a communiqué ces nouveaux chiffres vendredi au ministre de la Justice du Connecticut (nord-est), Richard Blumentahl, affirme le Hartford Courant, sans donner d’autres détails.Cet Etat américain abrite le siège d’une des branches du groupe d’assurance.

Selon des informations précédentes, ces primes s’élevaient au total à 165 millions, six cadres d’AIG ayant reçu chacun des primes de plus de 4 millions de dollars et 66 autres des primes de un million de dollars chacun.

Mais «ces chiffres sont supérieurs», a affirmé M. Blumentahl, cité par le quotidien.

D’après le journal, le gouverneur républicain du Connecticut, Jodi Rell a déjà précisé de son côté que l’un des cadres d’AIG, Douglas Poling, avait reçu une prime de 6,4 millions de dollars, le bonus le plus important versé par l’assureur, mais qu’il allait rendre cet argent à la demande de l’entreprise.

Les primes versées par AIG font l’objet d’un scandale retentissant aux Etats-Unis, alors que Washington a injecté 170 milliards de dollars pour sauver le groupe de la faillite.

L’affaire a poussé la Chambre des représentants américaine à adopter jeudi un projet de loi imposant à 90% les primes de ce genre.

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D’excellentes analyses sur ContreInfo…

A la dérive, par Paul Krugman

Dans les premières mois de cette crise nous écrivions que la culture économique des responsables politiques américains, leur foi inébranlable dans les dogmes de l’école de Chicago, les rendaient peu aptes à comprendre la situation et donc à agir efficacement. L’équipe constituée par Obama semble atteinte du même mal. Nationalisation reste un mot tabou, honteux, que la nouvelle administration se refuse à évoquer, alors même que le cours de l’action de la banque Citigroup flirte avec le dollar - c’est à dire l ’éviction de la cote new yorkaise - et que de tous côtés les appels se font de plus en plus pressants pour une prise de contrôle publique. Ce blocage psychologique, ce vertige devant la transgression, se traduisent en acte par un aveuglement qui confine à l’absurde. On ne peut entendre la récente déclaration d’Obama affirmant que le privé est « plus efficace » pour gérer le système bancaire sans ressentir un malaise devant cette forme d’humour involontaire. Au nom de quoi faudrait-il donc continuer à révérer des idoles qui pourtant s’effondrent avec fracas sous nos yeux, entraînant dans leur chute de trop nombreuses victimes ? Car il y a urgence à agir. Les politiques menées sur les deux rivages de l’Atlantique ne sont pas à la hauteur des périls, avertit Krugman, qui déplore également la courte vue dont font preuve les dirigeants européens devant le risque systémique posé par l’Europe de l’Est et se demande dans quel monde vit Jean Claude Trichet lorsqu’il estime que le risque déflationniste n’est pas à l’ordre du jour. Dans une séquence de déflation de la dette, tout délai, tout retard à agir, se traduit par une contagion d’un processus de liquidation généralisé qui gagne peu à peu en force et en élan et rend plus difficile le retournement de cycle. Il faut donc trancher dans le vif au plus tôt, trier les banques, constater les faillites, et le cas échéant nationaliser. Roubini estime qu’il faudra sans doute six mois pour que l’inévitable soit enfin accepté. Si c’est le cas, ce sont six mois de perdus alors que gagne l’incendie.

Par Paul Krugman, New York Times, 2 mars 2009
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Les raisons du déclin de l’économie US, par Paul Craig Roberts

Paul Craig Roberts, qui fut sous secrétaire au Trésor de Reagan, est un homme de droite, partisan convaincu des politiques de l’offre. Pourtant, rien ne justifie pour lui les politiques du laisser faire débridé qui ont conduit à la perte de substance de l’économie américaine, si ce n’est une certaine illusion de toute puissance allant de pair avec la situation prééminente dont jouissaient les USA. Les promesses des tenants de la mondialisation n’ont pas été tenues, dit-il, au contraire. Les délocalisations, présentées comme un processus naturel de substitution entre la « vieille économie » et celle de l’innovation et du savoir, ont eu pour résultat la stagnation des revenus - donc l’endettement excessif - de la plus grande partie de la population à l’exception des « super-riches », et le creusement de déficits abyssaux, qui sont tous deux à l’origine de cette crise. Au delà du constat, Roberts propose quelques mesures radicales - voire aussi définitives qu’un verdict de Fouquier Tinville - pour tenter de juguler la crise : l’annulation des CDS, la suspension de la règle de comptabilisation des actifs au prix du marché, l’interdiction de la vente à découvert sur les marchés baissiers et sur les devises. Un dernier point. Le protectionnisme dont il se réclame a mauvaise presse. Et lorsqu’il désigne ensemble la mondialisation et les visas de travail accordés aux étrangers comme responsables de la pression à la baisse sur les salaires, il prête le flanc à l’accusation de xénophobie, si souvent présente dans ce débat. On ne peut pourtant se contenter d’une vision uniquement morale sur cette question. Ce serait méconnaître le fait que les niveaux de prix - i.e. des salaires - ne reflètent pas seulement la concurrence libre et non faussée, comme le dit la vulgate, mais aussi l’état de rapports de force sociaux, dont la préservation de l’équilibre est éminemment nécessaire au développement harmonieux des sociétés. En s’effarouchant devant la perspective d’une limitation de la concurrence internationale à laquelle sont soumis les salariés, en condamnant par avance comme délétère toute référence à l’idée de nation on ignore - ou feint d’ignorer - un déterminant fondamental. Le socle de la démocratie, du vivre ensemble, c’est ce territoire où se définit la citoyenneté concrète, régi par une loi et une constitution commune, par des droits et des devoirs partagés, et protégé par les institutions. La position consistant à abstraire de cette définition l’activité humaine fondatrice qu’est le travail n’est à notre sens tout simplement pas tenable.

Par Paul Craig Roberts, Vdare, 23 février 2009
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L’éclatement d’une bulle de crédit de dimension historique, par Doug Noland

Alain Minc a affirmé cette semaine que cette crise n’était pas si considérable, que somme toute une baisse de 2% du PIB équivalait à un retour à l’année 2007, et que l’action résolue des gouvernements et des banquiers centraux avait évité le pire. Si le rebond avait lieu immédiatement, sans doute pourrait-on lui donner raison. Mais les annonces de pertes énormes continuent de se succéder à un rythme soutenu et la dégradation massive du niveau d’activité dans de nombreux pays et secteurs économiques n’augure pas d’un retournement de cycle rapide. Non, il ne s’agit pas d’une récession « standard. » Ce qui se déroule sous nos yeux, c’est un processus de liquidation d’une gigantesque bulle de crédit, qui concerne bien plus que l’immobilier américain. Durant la dernière décennie, ce sont non seulement les ménages finançant leur logement, mais aussi l’économie américaine dans son ensemble qui a eu recours massivement à la dette. Dans son bulletin de veille hebdomadaire, Doug Noland se penche sur les chiffres de la Fed qui donnent le détail de ces bulles de dettes qui sont en train de crever aujourd’hui. Globalement, l’en cours du crédit aux USA est passé de 18 000 à 45 000 milliards entre 1995 et 2007, soit une croissance de 170% alors que dans le même temps le PIB n’augmentait que de 87%. De tels chiffres peuvent sembler dépasser l’entendement. Pour mémoire, rappelons que le PIB US est de 14 500 milliards et de 50 000 milliards pour le monde entier. De toute évidence, l’apparente bonne santé de l’économie américaine dissimulait un recours intensif au crédit. L’économiste Hans Magnus a calculé que chaque dollar de PIB US supplémentaire se traduisait par 4,5 dollars de crédit en 2007, contre 1,5 entre 1950 et 1980.

Par Doug Noland, Prudent Bear, 26 février 2009
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Récession en L et dé-mondialisation, par Wolfgang Münchau

Münchau estime que « nous sommes à l’heure actuelle quelque part au milieu de la barre verticale du L. » Mais, avertit-il, « c’est l’horizontale qui est la plus effrayante. » La liquidation de la dette américaine va se traduire par une phase d’atonie prolongée de plusieurs années, le temps d’apurer les bilans, nous dit-il. Dans le grand livre de comptes de l’économie mondiale, les déficits des uns sont les excédents des autres. Le désendettement des ménages et la réduction des déficits US se traduiront donc par une baisse symétrique de l’activité des pays exportateurs, au premier rang desquels la Chine, l’Allemagne et le Japon. Faute de pouvoir tabler sur un redémarrage proche, ceux-ci n’auront d’autre choix que de réorienter leur économie vers la demande intérieure, juge Münchau.

Par Wolfgang Münchau, Financial Times, 9 mars 2009
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Le système bancaire US est insolvable, par Nouriel Roubini

Roubini met une nouvelle fois en garde contre le risque de récession - voire de dépression - en L, qui semble se confirmer avec une contraction au quatrième trimestre 2008 de 6% du PIB aux USA et en Europe, de 12% au Japon, et de 20% en Corée. Comme la plupart des économistes, il estime que les autorités européennes n’ont pas pris conscience de la gravité des enjeux et font preuve d’une dangereuse frilosité en se refusant à agir résolument et rapidement. La situation américaine n’est pourtant guère meilleure. Sur les 800 milliards du plan de relance d’Obama, 200 seulement seront alloués cette année, sur lesquels une centaine devraient disparaître en épargne des ménages. Au total, l’effet de la relance serait donc inférieur à 1% du PIB en 2009. Mais il y a plus encore, l’économie mondiale ne repartira pas tant que de profondes reconversions n’auront eu lieu tant chez les exportateurs qu’aux USA. La système bâti sur la surconsommation et le déficit américain d’une part, et les économies exportatrices d’autres part, ne repartira pas en l’état, car le désendettement des ménages américains sera un processus long et douloureux. Dans l’immédiat, la restructuration du système financier aux Etats-Unis est plus que jamais nécessaire. Avec le ralentissement économique, les pertes pourraient atteindre 3600 milliards de dollars, estime-t-il. Conclusion : le secteur est en état de faillite, et la nationalisation s’impose, sans quoi les sommes gigantesques apportées par l’Etat ne servent qu’à tenter de protéger les actionnaires et les créanciers, pour le moment en pure perte.

par Nouriel Roubini, Forbes, 5 mars 2009
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Fin de partie pour les déficits par Kenneth Rogoff

Pour l’heure, personne n’a encore d’idée précise du moment où finira la crise financière mondiale. Mais une chose est sûre : les déficits budgétaires atteignent des sommets. Et il faudra convaincre les investisseurs d’accumuler des montagnes de nouveaux bons du Trésor.

Même si les gouvernements essaient de faire avaler leur dette aux épargnants nationaux, en utilisant, par exemple, leur influence grandissante sur les banques pour les forcer à avoir une quantité disproportionnée de papiers d’Etat, ils finiront eux aussi par payer des taux d’intérêt de plus en plus élevés. Dans deux ans, les taux sur les bons du Trésor américains à long terme pourraient facilement augmenter de 3 % à 4 %.

Ce renchérissement doit permettre de compenser des investisseurs qui auront à la fois à prendre de plus en plus de bons d’Etat et, donc, à prendre de plus en plus de risques face aux menaces d’inflation ou de défaut de paiement des gouvernements.

Historiquement, le montant de la dette publique double, même après correction pour inflation, les trois années qui suivent une crise. Nombre de nations, grandes et petites, sont aujourd’hui bien parties pour confirmer cette donnée historique.

Le gouvernement chinois a clairement indiqué qu’il utiliserait tous les moyens nécessaires pour soutenir la croissance en cas d’effondrement des exportations. Les Chinois disposent d’une réserve de 2.000 milliards de dollars en devise forte pour tenir leur promesse.

Le nouveau budget du président Barack Obama prévoit un déficit astronomique de 1.750 milliards de dollars. Même les pays qui ne se sont pas lancés dans la course effrénée aux dépenses voient leurs excédents chuter et leurs déficits monter en flèche, principalement en raison de la diminution des recettes fiscales.

En fait, peu de gouvernements ont présenté des prévisions budgétaires réalistes car ils s’appuient en général sur des scénarios trop optimistes. Malheureusement, en 2009, la situation économique mondiale ne sera pas rose. La production américaine des Etats-Unis et de la zone euro a décliné, apparemment, d’un taux annualisé d’environ 6 % au quatrième trimestre 2008 ; le PIB du Japon a peut-être baissé de deux fois ce taux.

La Chine a affirmé que son PIB a augmenté de 6 % à la fin de l’année dernière. On peut en douter car les exportations se sont effondrées dans toute l’Asie, y compris en Corée, au Japon et à Singapour. Il est probable que l’Inde et, dans une moindre mesure, le Brésil s’en sortent un peu mieux. Cependant, peu de marchés émergents ont atteint un stade auquel ils peuvent résister à un effondrement soutenu des économies développées et encore moins jouer les moteurs d’une reprise économique mondiale.

La production mondiale est au bord du précipice en 2009. Avec l’assèchement du crédit, beaucoup de petites et moyennes entreprises éprouvent des difficultés pour obtenir les financements minimaux pour simplement maintenir des stocks et vendre.

En toute probabilité, nombre de pays verront leur production baisser de 4 % à 5 % en 2009. Pour certains, la chute sera voisine d’une dépression, c’est-à-dire de plus de 10 %. Pis encore, à moins que les systèmes financiers ne rebondissent, la croissance pourrait être décevante pendant des années, en particulier dans les pays les plus touchés, comme les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, l’Irlande et l’Espagne.

Les pays qui ont des taux de croissance à l’européenne pouvaient supporter une dette publique égale à 60 % du PIB lorsque les taux d’intérêt étaient faibles. Or, avec un endettement de 80 % à 90 % du PIB dans une multitude de pays et la hausse prévisible des taux d’intérêt, on peut s’attendre au pire. La plupart de ceux qui amassent d’énormes dettes pour sauver leurs banques n’ont que de faibles perspectives de croissance à moyen terme, ce qui soulève de réelles questions d’insolvabilité et de durabilité.

Par exemple, l’Italie a pu longtemps faire face à une dette publique supérieure à 100 % tant que les taux d’intérêt étaient faibles. D’autres pays, tels l’Irlande, la Grande-Bretagne et les Etats-Unis, qui ont commencé avec une position budgétaire bien plus solide, ne seront pas mieux lotis quand la crise se dissipera.

Les taux de change sont une autre inconnue. Les banques centrales asiatiques se cramponnent toujours nerveusement au dollar. Pourtant, puisque les Etats-Unis empruntent et font tourner à plein régime la planche à billets, l’euro pourrait s’apprécier vis-à-vis du dollar dans deux ou trois ans… à condition qu’il existe toujours.

A mesure qu’augmenteront leurs dettes et que s’éternisera la récession, nombre de gouvernements s’efforceront sûrement d’alléger leur fardeau par le biais de la répression financière, d’une inflation plus élevée, de défauts de paiement ou d’une combinaison des trois. Malheureusement, l’issue de la grande récession des années 2000 ne sera pas belle à voir.

Kenneth Rogoff, ancien économiste en chef du FMI, est professeur d’économie et de politiques publiques à l’université d’Harvard.

A lire en intégralité sur le site LesEchos.fr

Issues du site ContreInfo, Radar du 24/2/09

Le Dow Jones à son niveau de 1997

Taggé par les garnements du FT Alphaville, voici l’évolution du Dow Jones depuis 1956 Zoom (en rouge, les volumes échangés). Bulles, vous avez dit bulles ? Les chartistes optimistes espèreront sans doute trouver un support en prolongeant la tendance 1986-1995 (nous n’en sommes pas loin). Reste que si on prend en compte la longue durée, le paysage est sensiblement différent…

dow_jones_1997_fta1 Quelques données sur la crise...

Comparaison de la séquence actuelle (en bleu) avec les marchés baissiers de 1930 (gris clair), 1973 (rouge), et l’éclatement de la bulle internet (vert).

4bears-11 Quelques données sur la crise...

La perspective du Price/Earning Ratio

sp_500_pe Quelques données sur la crise...

Calculé selon la méthode de Graham et Dodd, c’est à dire en rapportant le prix de l’action à la moyenne mobile sur 10 ans des bénéfices, le PE est aujourd’hui à 13,6, contre une valeur moyenne de 18 depuis 1871. Mais durant la dépression des années 1930 il était descendu à 5.

Si vous avez le courage, je vous suggère la lecture du Radar du 8 mars 2009